Suisse – terre d’accueil des travailleurs qualifiés

Suisse – terre d’accueil des travailleurs qualifiés

La Suisse en quête de travailleurs qualifiésLa Suisse en quête de travailleurs qualifiés

Trop de départs à la retraite et pas assez de jeunes travailleurs qualifiés ? La Suisse manque de main-d’œuvre et cette tendance va s’aggraver. Comment la Suisse peut-elle pallier ce manque de travailleurs qualifiés ?

Voici quelques pistes : des démarches administratives plus faciles, des PME plus attirantes, des hubs d’expertise, faciliter la vie des digital nomads, un côté “cool” à cultiver, faire rester les experts qui passent quelque temps en Suisse, que ce soit par choix, ou lorsque ceux-ci fuient la guerre en Europe.

Si vous travaillez déjà en Suisse, il est utile de savoir que votre employeur peut faire preuve de créativité pour vous garder. Si vous ne travaillez pas encore en Suisse, voici comment la Suisse se plie en quatre pour vous accueillir.

Sommaire :


Une pénurie de travailleurs qualifiés

Le sphinx de la pyramide des âges pose une énigme à l’économie suisse. Comment remplacer les travailleurs qualifiés qui partent pour la retraite  ?

D’ici 2025, c’est près de 365’000 postes qui pourraient rester vacants, faute de personnel. Une étude de Crédit Susse rapporte que 2⁄3 des PME ont d’ores et déjà des problèmes pour recruter.

Selon Tino Senoner, expert du marché du travail, cette pénurie pourrait avoir de très lourdes répercussions pour le marché helvétique. Le passage de témoin entre les départs à la retraite et les nouveaux arrivants ne se fait plus. Les premiers sont trop nombreux. Les seconds sont trop rares.

Garder ceux qui sont là

La première démarche des associations patronales a été de tenter de retarder les départs à la retraite des profils expérimentés. Garder de futurs retraités avec une expertise serait une aubaine. Ils sont formés, connaissent l’entreprise et ont prouvé leur attachement. Dans ce contexte, des cotisations de 2ème pilier (LPP) plus élevées pour les employés de plus de 55 ans ne sont pas un frein.

La deuxième démarche a été de développer le temps partiel et le travail temporaire pour faciliter le retour à l’emploi des mères de famille aux enfants qui ont grandi. Cela n’a pas suffi…

La pénurie des métiers IT

Selon Manpower, cette situation deviendra critique dans les prochaines années. Si tous les secteurs sont touchés, c’est principalement les emplois IT, c’est-à-dire liés aux systèmes informatiques, qui seront les plus impactés. En particulier les métiers liés à la cybersécurité, l’analyse de données et l’expérience utilisateur (UX).

D’après l’indice Adecco, la hausse d’emploi est phénoménale (+28% sur un an). Or, on observe simultanément une baisse des demandeurs d’emplois (-13%). L’ingénierie, l’informatique et la santé sont au cœur des inquiétudes.

Notons qu’en Suisse romande, la pénurie des informaticiens est moindre.

Les aspects positifs, la formation interne

En regardant le verre à moitié plein, la pénurie de main-d’œuvre pourrait avoir du bon. En effet, cette situation pourrait contraindre les entreprises à former davantage leur personnel.

Dans les années 1990, la Suisse avait déjà connu une forte pénurie de main-d’œuvre. Il était alors courant d’être embauché par une entreprise pour son ‘potentiel’, puis formé au sein de cette dernière. Aujourd’hui, les entreprises cherchent des profils qualifiés sur-mesure, directement fonctionnels.

Évitons toutefois d’être trop optimiste. Malgré la recherche de profils internes et l’investissement dans la formation continue, le problème de pénurie de main-d’œuvre qualifiée devrait persister.

Pour certains postes, la formation interne n’est pas adaptée. Former du personnel coûte cher. Les PME n’ont pas toujours le budget nécessaire. Souvent c’est plutôt le temps qui manque. La concurrence est là avec de nouveaux processus de production, une innovation, il faut donc réagir vite. Les PME n’ont pas le temps de former sur le tas.

Faire venir des travailleurs en Suisse

Si les formations internes ne suffisent pas, il faut alors faire venir des travailleurs de l’étranger.

Selon les nationalités, les procédures administratives pour obtenir un permis de travail ne sont pas toujours simples. L’administration suisse cherche à mettre en place des mécanismes facilitants. Par exemple, pour faciliter le recrutement des start-up suisses, le gouvernement travaille à la mise en place d’un visa spécifique. Concrètement, il s’agit d’assouplir les contingents en provenance d’États-tiers. Les premiers allègements administratifs seront mis en œuvre d’ici fin 2022.

La Confédération a aussi identifié l’intérêt de faire rester en Suisse des étudiants prometteurs. Pour ce faire, outre la simplification des démarches pour obtenir un permis de résidence, assouplir et simplifier l’obtention de bourses d’études est envisagé.

Au-delà des écueils administratifs, la difficulté pour favoriser l’arrivée des travailleurs qualifiés, c’est la concurrence. En effet, les talents sont rares, les pays et les entreprises locales et internationales se les arrachent à prix d’or.

Avoir des entreprises attirantes

Mais pour attirer les profils qualifiés, les entreprises suisses doivent se démarquer. Il n’est pas facile d’attirer les poissons rares qui mordent souvent à l’hameçon des grandes entreprises américaines ou des grands groupes européens.

À ce titre, il faut rappeler que le salaire, les bonus, les stock-options (parts du capital de l’entreprise) ne font pas tout. Pour sortir du lot, les entreprises peuvent proposer un environnement agréable, des horaires flexibles, un équilibre travaille / vie personnelle. La progression de carrière, l’élargissement des compétences acquises est assurément un autre point déterminant. Fini le temps où l’on peut se satisfaire d’avoir la même activité durant toute sa carrière.

Les jeunes générations ne limitent pas la progression de carrière à l’accès à des fonctions de management. Devenir “chef” semble être un objectif secondaire. La génération “zapping” privilégie les entreprises qui facilitent la mobilité interne vers de nouveaux projets, accès aux nouvelles expertises, les démarches collaboratives.

L’écosystème local, un coup de pouce pour les PME

Lorsqu’une PME ne peut pas attirer les meilleurs talents toute seule, c’est un écosystème dynamique qui peut le faire. Pour le secteur du Medtech, c’est un pôle d’expertise qui s’est créé sur le plateau entre Lausanne, Neuchâtel et Fribourg. Il est à même d’attirer des experts qui sauront pouvoir passer d’une entreprise à l’autre, bénéficier de projets conjoints. Encore faut-il que ces PME n’aient pas une vision timorée de la concurrence.

Dans le secteur de la crypto-monnaie, la Suisse a failli toucher le gros lot avec le projet Libra de Facebook. Avant cet échec, elle a joué à fond la carte de l’écosystème. La Suisse s’est posée comme centre d’expertise technique et entrepreneuriale pour les crypto-monnaies. La crypto-valley a ainsi réussi à attirer des sommités en la matière. Que ce soit la Fondation Ethereum à Zug ou encore le leader Nym Technology à Neuchâtel.

Il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. La nouvelle stratégie du Salvador est exemplaire. Il a concentré tous ses efforts de captation d’expertise sur le Bitcoin et les crypto-monnaies. Il s’est appuyé sur sa colonie émigrée pour utiliser la cryptomonnaie comme outil de transfert de fonds et pour reconnaître cet actif comme monnaie nationale. Depuis, ce pays est devenu un Hub pour les entrepreneurs du secteur.

La compétition pour travailleurs qualifiés

Pour attirer les travailleurs qualifiés, les stratégies divergent entre les pays. Chacun met en avant ses atouts. Coût de la vie, qualité des infrastructures, facilité de connexion à internet, ensoleillement. Autant de paramètres qui divergent selon les destinations.

Pour ce qui est de l’ensoleillement et la douceur de vivre, le Brésil profite de ses atouts naturels et développe une campagne spécifique pour les digital nomads. À cet égard, le Brésil propose un visa aux professionnels qui travaillent à distance pour une entreprise non-brésilienne. D’une durée d’un an, le visa peut aisément être renouvelé.

À l’instar de l’île de Malte, de nombreux pays tentent de s’ériger en paradis pour digital nomads. Espaces de coworking, disponibilité d’une bande passante haut-débit, et climat agréable. Bien sûr, avec un coût relativement bas, les pays du sud qui disposent de bonnes infrastructures sont les grands gagnants de cette course.

À noter toutefois, selon un classement du journal français “Le Figaro”, la Hongrie se positionne également comme une destination de choix pour les digital nomads. Selon les sondés, c’est la vie culturelle et festive florissante qui incite les freelancers à s’installer aux alentours de Budapest. Et en effet, la vie culturelle d’une région est un aspect phare trop souvent négligé.

Les effets conjoncturels

La guerre en Ukraine a jeté sur les routes des millions d’Ukrainiennes et leurs enfants. Les hommes restent au combat. Parmi celles-ci, des informaticiennes qui travaillaient pour des sociétés de service ukrainiennes spécialisées dans des prestations d’externalisation “near-shore”. Depuis longtemps déjà de nombreuses sociétés suisses ont externalisé leurs développements informatiques auprès de ces sociétés ukrainiennes. Leurs employées trouveront sans difficulté un emploi dans la Confédération.

La conjoncture apporte aussi son lot de surprises. L’arrivée de CV en provenance de Russie en est une. Des ingénieurs et informaticiens russes tentent de quitter leur pays. Le haut niveau de la formation mathématique académique russe est reconnu à l’international. Ils sont en nombre au CERN. Ils feront des recrues de choix. Aux entreprises d’être opportunistes.

Travailleurs qualifiés : le nouveau défi Suisse

Est-il possible d’inverser la tendance et faire de la Suisse un eldorado pour travailleurs qualifiés ? C’est le défi que doit relever le pays pour préserver sa prospérité. Pour maintenir sa capacité d’innovation, c’est une nouvelle compétition qui s’engage : l’accueil des talents !

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