Moins de place de parc pour les frontaliers

Moins de place de parc pour les frontaliers

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Moins de places de parc pour les frontaliersDe nouvelles règles pour les places de parc à Genève...

Qui n’a pas un jour désespéré de trouver une place pour se garer ? Manque de parkings en ville et déplacements quotidiens ne font pas bon ménage. Ils ont de quoi donner des migraines aux élus municipaux. En réalité, des enjeux bien plus complexes se cachent autour de ces problèmes concrets. Certains viennent d’être mis en lumière.

En effet, le canton de Genève a adressé une lettre à ses communes pour qu’elles revoient leur politique de stationnement. Les places de parc publiques devraient être réservées aux résidents au détriment des pendulaires.

Pourquoi maintenant ? Quels effets ? Quelles alternatives ?
Une chose est sûre, le chemin vers la mobilité douce sera difficile. La voie est à suivre avec persévérance et pragmatisme.

Sommaire :

L’écologie et les places de parc

Décourager l’usage de la voiture

Pour le Canton de Genève, les raisons sont d’ordre écologique. En effet, l’attribution de places de parking aux pendulaires facilite l’usage de la voiture.

Un raisonnement évoqué par le conseiller administratif de la ville de Genève, Alfonso Gomez. Il explique sa décision de ne plus allouer de places de stationnement gérées par la Gérance immobilière (GIM) aux pendulaires. Cela encouragerait la mobilité douce, en accord avec la loi de la ville de Genève votée en 2021, « loi pour une mobilité cohérente et équilibrée” .

Inciter la mobilité douce

Limiter les places de parkings allouées aux pendulaires est une manière d’encourager la mobilité douce.

La crise climatique s’aggrave au fil des années. Il est urgent de réduire la pollution et les émissions conséquentes de CO2 engendrées par les voitures.

C’est donc pour promouvoir des alternatives plus respectueuses de notre environnement que les parkings publics seront d’abord proposés aux résidents genevois.

Les parkings pour débloquer l’agenda politique ?

Des locations de places de parc aux frontaliers se renouvellent année après année. Une situation qui pénalise les résidents genevois qui doivent eux aussi se déplacer et garer leurs voitures. Un exercice de plus en plus complexe avec la reprise de l’activité genevoise après la pandémie. Les infrastructures genevoises peinent à suivre le rythme, et les places de stationnement se font rares…

À quelques mois des élections cantonales genevoises, cette décision peut aussi apparaître politique.

Les élections cantonales approchent et ne doivent pas être étrangères à cette décision. Elle est un moyen de s’attirer les faveurs des résidents genevois qui possèdent le droit de vote, contrairement aux pendulaires. Cette décision a l’avantage de satisfaire les deux bords de l’échiquier cantonal. Pour des raisons différentes, la gauche avec les verts, et la droite avec le MCG et l’UDC devraient applaudir. Il n’y a pas que la circulation qui est bloquée à Genève… le canton l’est tout autant.

Son déficit est astronomique, il n’ a plus de budget depuis un an, et les partis n’arrivent pas à s’entendre. Dans ce contexte, une mesure que d’autres (les frontaliers et les pendulaires) payeront peut apparaître comme bienvenue à des élus en fin de mandature.

Moins de places de parking pour les pendulaires

Concrètement, quelles sont les implications des changements mentionnés ci-dessus ?

Ils impliquent d’abord moins de possibilités de stationnement. Ce qui ne veut pas dire que les frontaliers n’auront plus le droit de louer une seule place de parking à Genève. La mesure ne concerne tout d’abord que le secteur public. Les entreprises privées et les particuliers ont donc toujours le droit de louer leurs places de parc aux pendulaires.

Également, des distinctions de prix en fonction du lieu de résidence peuvent être appliquées alors même qu’elles n’étaient pas en vigueur auparavant. La commune de Carouge par exemple appliquait déjà des restrictions tarifaires en fonction du lieu de résidence depuis un certain temps lorsque l’abonnement était pris pour la première fois. Prochainement, ce paramètre sera également contrôlé lors des renouvellements.

En soi, ces mesures prises au niveau du stationnement public réorganisent la façon dont les places de parking sont allouées, ainsi que leurs prix.

Qui est concerné par les places de parc ?

Ce réagencement n’aura pas les mêmes conséquences pour tous. Les frontaliers devront faire avec une réduction des places de stationnement, les résidents bénéficieront quant à eux de davantage de possibilités pour garer leurs voitures et des tarifs plus avantageux.

D’autres seront indirectement concernés par ces nouvelles mesures. Les communes et les entreprises privées qui louent des places de parc auront à adapter leur approche du sujet. Ces dernières ne sont pour l’instant pas visées par ce réagencement mais pourraient l’être à l’avenir.

Les frontaliers ne sont pas les seuls à être visés par cette mesure. Les pendulaires résidant sur Vaud, Neuchâtel ou Fribourg sont également ciblés. Néanmoins, les nombreuses liaisons ferroviaires entre Genève et ces cantons facilitent l’utilisation du train. Ces pendulaires qui résident en Suisse ont donc moins besoin de places de stationnement à Genève.

Des enjeux politiques à Genève

Il est vrai que la nouvelle politique de stationnement suisse favorise grandement les résidents. De nombreuses frustrations ont déjà été exprimées à l’égard des frontaliers. Des partis comme l’UDC et le MCG en ont même fait leur fer de lance.

Nous avions déjà évoqué le sujet des votations fédérales sur l’immigration de masse et l’immigration modérée. L’UDC a d’ailleurs lancé deux initiatives dont l’une d’elles visait clairement les frontaliers. Comme nous l’avons mentionné, les nouvelles contraintes à la location de places de parc pour les pendulaires pourraient calmer l’insatisfaction de résidents genevois face à l’affluence des frontaliers.

En d’autres temps, privilégier les résidents qui peuvent voter vis-à-vis des pendulaires aurait pu faire face à de vives critiques. L’urgence écologique pourrait permettre de la rendre légitime, sans avoir à affronter ce qui resterait d’opposition politique.

Le label écomobile en soutien

Pour accompagner ces décisions, l’État a créé le label écomobile que peuvent obtenir les entreprises en encourageant leurs employés à se déplacer autrement. Les entreprises doivent pour cela remplir une série de conditions, bien que le label n’offre aucun avantage matériel et contribue seulement à offrir une bonne image à l’entreprise.

Selon un sondage de la tribune de Genève, la plupart des entreprises avaient déjà opté pour des mesures similaires avant la mise en place du label. Certaines offrent un remboursement ou une participation au coût des transports en commun, subventionnent l’achat d’un vélo ou récompensent financièrement ceux qui décident de se déplacer en train.

Le label n’a donc que peu de succès, d’autant plus que certaines entreprises mettent en avant le fait que leurs employés ne peuvent pas tous faire ce choix. Certains vivent dans des régions isolées ou travaillent à des horaires incompatibles avec ceux des transports en commun, il leur est donc impossible de renoncer aux places de parking. Des entreprises décident donc de continuer à mettre à disposition des places de parking pour leurs employés, ou de leur louer moins cher.

La création de ce label rend toutefois la préoccupation de l’État quant au passage à une mobilité douce plus évidente encore.

Un futur réseau ferroviaire

Pour pallier le manque de places disponibles pour stationner et surtout pour offrir aux pendulaires davantage de choix en matière de transport public, quelques projets sont évoqués.

En effet, la ligne de train du Léman express rencontre maintenant un beau succès avec plus 60’000 voyageurs par jour. Le réseau ferroviaire aux multiples arrêts relie des communes voisines de Genève. Sa désserte va jusqu’à Bellegarde, Annecy, Evian, Saint-Gervais. Cette zone couverte par les transports publics relativement large qui ne suffit toutefois plus. Genève souhaiterait construire une nouvelle ligne ferroviaire qui desservirait entre autres Bernex, Cherpines et possiblement la France voisine.

Ce réseau ferroviaire devrait être en construction d’ici 2040 jusqu’à 2050. Ce projet conséquent et coûteux montre l’importance pour Genève de transformer sa mobilité.

Sur le chemin d’une mobilité douce…

D’ici  2040, il est possible d’adopter d’autres solutions pour se déplacer. La fondation des parkings – elle aussi concernée par le changement de politique de stationnement genevois – propose des alternatives aux pendulaires.

Parmi elles, des parcs-relais suisses qui permettent de se garer à la périphérie de Genève pour rejoindre le centre en transport en commun, à condition de remplir les conditions définies par l’abonnement. Du côté français, des parcs-relais sont construits en bout des lignes de bus des TPG. Ces investissements sont pratiques pour se rendre au travail en transport en commun. Encore faut-il que ces parkings soient accessibles. En automne 2022, ce n’est pas le cas sur le grand parking de la frontière à Veigy-Foncenex. Des caravanes et des familles sans frontières connectées aux réseaux d’eau et d’électricité par des dérivations sauvages s’y sont installées. Ce parking n’est plus utilisable par les frontaliers qui souhaitent, eux, se connecter au réseau des transports publics pour se rendre au travail le matin.

Au delà du cas particulier de Veigy-Foncenex, il est possible de se garer dans les stations desservies par le Léman Express et de rejoindre Genève par voie ferroviaire. Les abonnements Léman Express peuvent inclure dans leur formule les Transports Publics Genevois, ce qui permet ensuite de rejoindre sa destination par bus ou tramway.

Pour les plus sportifs, le vélo reste une alternative très populaire à Genève. Les pistes cyclables y sont maintenant nombreuses et évitent d’avoir à payer un abonnement TPG supplémentaire. La voie verte qui relie la gare de Rive à Annemasse est aussi une belle réussite. Elle est parfois victime de son succès quand des pendulaires pressés se partagent la partie cyclable avec des promeneurs.

Le chemin vers la mobilité douce sera difficile. Des points critiques et des tensions seront à traiter. Seuls persévérance et pragmatisme contribueront au développement d’autres façons de se déplacer !

Notre Dossier : Mobilité

Commentaires

  1. Très bon articles qui va dans le sens de l’objectif du canton de Genève de réduire les émissions de CO2 de 60% d’ici 2030.

    Il s’accompagne d’une politique d’amélioration de la qualité de l’air avec une diminution de 50% des particules fines.

    Tpg a d’ailleurs créé sa branche business afin d’accompagner la mobilité des employés vers des transports moins carbonés.

    Une des pistes pour atteindre les objectifs serait de taxer les places de parking des employés considérés comme des avantages en nature. Tout un programme.

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