Covid, Omicron … la pandémie permanente ?

Covid, Omicron … la pandémie permanente ?

Pandémies permanentes, le défi d'une économie globalePandémies permanentes, le défi d'une économie globale
Mise à jour du 17 décembre 2021

Omicron rejoint la liste des variants Covid de l’OMS. Va t’on rejouer la pièce du confinement à l’arrivée de chaque variant ? Cela ne  devrait pas être le cas, car on en sait plus qu’il y a deux ans. Des mesures ont été rodées (fermeture des frontières, mesure de protection, vaccination, tests, mesures de soutien, interdiction …). A l’arrivée d’un nouveau variant, il s’agirai de les moduler au mieux.

Ces vagues de variants sont elles le pendant d’une économie mondialisée ?  Sera t’on durablement confrontés à des pandémies successives ?
Alors que nous cherchons désespérément à faire disparaître ces nouveaux virus, il est peut-être venu le temps d’apprendre à vivre avec. Adapter nos démocraties pour vivre en pandémie permanente, est-ce le prix à payer pour vivre dans une économie mondialisée ?

Sommaire :

  • Le variant Omicron

    Après le variant Alpha, Beta, Gamma et Delta, c’est Omicron qui rejoint la liste de l’OMS. 15ème lettre de l’alpha grec, on ne peut pas s’empêcher de penser que la communauté internationale à consciemment sauté la 14ème, intitulée Xi (ξ), afin d’éviter tout incident diplomatique avec la Chine.

    Il n’en reste pas moins que ce nouveau variant, venu tout droit d’Afrique du Sud, annonce l’arrivée imminente d’une cinquième vague.

    Possibilité d’une transmission accrue, résistance aux vaccins – l’arrivée de ce nouveau virus pourrait bien nous renvoyer à la case départ. Aucune certitude toutefois pour l’instant. L’entreprise allemande BioNTech a déclaré qu’il lui fallait au moins deux semaines pour savoir si la couverture vaccinale actuelle est suffisante. Le patron de Moderna est moins optimiste.

    Les Vaccins Covid et le variant Omicron

    Dans l’incertitude, les producteurs de vaccin attaquent le problème sur trois fronts. Ils préconisent de muscler la dose du booster. En parallèle, ils produisent un vaccin basé sur les mutations d’alpha et de bêta qui devrait être disponible d’ici 3 mois. Enfin, dans le cas où Omicron deviendrait le variant dominant, Pfizer et Moderna envisagent la création d’un vaccin spécifiquement basé sur la structure du nouveau variant. Selon les spécialistes, 6 mois seraient nécessaires à la création d’un tel vaccin.

    Le variant Omicron prend toutes les procédures de vaccination de court. Il y a quelques semaines, contre le variant Delta, la 3ème dose pour tous était la solution. Les personnes âgées ont été vaccinées. L’âge pour la 3ème dose a été réduit. La 3ème dose est conseillée en France, 5 mois après la deuxième dose, en Suisse c’est 6 mois après. Mais que faire avec l’arrivée du variant Omicron ? Une 4ème dose pour les personnes âgées ? On comprend la fébrilité des laboratoires et des États.

    Suisse – Durcissement des mesures

    Omicron a d’ores et déjà pénétré le territoire européen, et bien entendu la Suisse n’est pas épargnée.

    À peine le Peuple suisse vient-il d’accepter le certificat sanitaire dans les urnes, que celui-ci est étendu par le Conseil fédéral lors de sa dernière conférence de presse.

    Sans Pass Covid, les rencontres privées sont dorénavant limitées à 11 personnes. Le pas de la réglementation de la sphère privée a été franchi. Aux yeux du gouvernement, l’inquiétude du nouveau variant justifie ces mesures extraordinaires. Sur le plan international, les vols en provenance d’Afrique australe ont été interdits.

    En parallèle, les Cantons rehaussent leurs mesures face à l’augmentation des cas liée au variant delta. Au Valais, là où la situation est inquiétante, l’obligation de port du masque à été rendue plus stricte. Le gouvernement encourage encore et toujours, le recours au télétravail. Les frontaliers peuvent encore bénéficier d’un répit jusqu’à la fin juin 2022. La mise place des contraintes françaises au télétravail trans-frontalier ne se fera pas avant. L’évolution de la pandémie a retardé la contrainte dite « des 25% de télétravail » au delà du premier semestre 2022.

    Suisse – Les mesures anti-Covid du Conseil Fédéral

    À l’arrivée des premiers cas du variant Omicron en Suisse, le gouvernement helvétique commence à reprendre la main sur le sujet. Pendant la période d’acalmie, c’étaient les cantons qui géraient le sujet selon leurs particularités locales.

    Le Conseil fédéral a mis trois scénarios en consultation avec les cantons. Le 3 décembre 2021, c’est le moins contraignant qui a été retenu. Sauf nouvelle évolution de la pandémie, l’application de ce scénario devrait durer jusqu’au 24 janvier 2022 :

    Les voyageurs

    • Des vols en provenance de certains pays sont interdits
    • Pas de quarantaine pour les voyageurs venus de l’étranger. Vacciné ou guéri le voyageur devra se tester avant l’entrée en Suisse et se tester entre le 4ème et 7 ème jour
    • Pas de contrainte pour les résidents à l’étranger dans les régions frontalières

    Les lieux de travail 

    • Le télétravail est à nouveau rendu obligatoire
    • Pour les professions incompatibles avec le télétravail, il n’a a pas de changement. Les vaccinés et les guéris se trouvent maintenant favorisés par rapport aux seuls testés. Des établissements peuvent leur réserver l’accès. Les testés n’y seront pas admis. Dans ces établissements, il n’y aura alors pas besoin de porter le masque.
    • Les entreprises peuvent maintenant appliquer cette mesure.  Celles qui ne l’appliquent pas doivent astreindre au port du masque dans les locaux partagés.

    La vie quotidienne

    • Pour les boîtes de nuit, bars, piscines et lieux où on ne peut ni consommer assis ni porter le masque, les vaccinés et guéris devront en plus se faire tester, sauf si leur vaccination ou guérison date de moins de quatre mois
    • Seuls les vaccinés et les guéris (2G) pourront entrer dans les restaurants, musées, fitness et lieux qui exigent actuellement le certificat Covid
    • Les rencontres privées seront limitées à 10 personnes si un convive n’est pas vacciné. Si tous le sont, la limite est fixée à 30 en intérieur, 50 en extérieur
    • Pas de tests systématiques dans les écoles et le secondaire
    • La durée de validité des tests rapides est de 24h, celle des tests PCR  reste de 72 heures

    International – Des États toujours plus stricts

    L’augmentation des cas de contamination et l’arrivée du nouveau variant force les États à durcir leurs mesures.

    L’Autriche a notamment fait parler d’elle en éliminant le test négatif des outils permettant d’obtenir un pass sanitaire. Désormais, seules la vaccination ou la guérison permettent de se rendre au restaurant ou d’aller chez le coiffeur. On y a même parlé du confinement des non vaccinés.

    Le pas est déjà franchi en Allemagne où les non-vaccinés ne peuvent plus fréquenter les lieux de culture, de restauration et des commerces non-essentiels. En février, le pays pourrait briser le tabou et imposer une obligation vaccinale.

    En France, les autorités réfléchissent à conditionner les certificats sanitaires à la prise d’une troisième dose.

    Alors que des manifestations toujours plus massives critiquent les mesures sanitaires, les États se retrouvent sous pression face à cette cinquième vague imminente. Les questions sanitaires, économiques et politiques forment un cocktail explosif. La population qui peut dans une même journée se retrouver entassé dans un centre commercial lors du black friday et se voir demander son pass Covid pour se rendre à la bibliothèque a de plus en plus de mal devant ces incohérences. Une mise en cohérence va sans doute s’imposer.

    La voie sera étroite pour réussir à protéger à la fois la population et l’activité économique.

    Les frontières

    Avec l’expérience des premières vagues la fermeture des frontières n’est plus taboue. Le territoire européen limite les entrées. Des vols en provenance des pays les plus touchés par l’omicron sont annulés. Des voyages professionnels sont prolongés par des quarantaines forcées.

    Cette stratégie pourrait s’annoncer perdante pour au moins deux raisons. Premièrement, il est relativement aisé de rentrer sur le territoire par d’autres moyens que l’avion. Un contrôle systématique aux frontières pourrait s’avérer plus efficace qu’une interdiction.

    Deuxièmement, alors que l’Afrique du sud a joué la carte de la transparence, le pays s’est vu directement imposer une série d’interdictions de voyages. Si cette réaction peut se comprendre dans un premier temps, elle risque de créer une incitation pour les pays à ne pas dévoiler certaines de leurs découvertes, afin de protéger leur économie.

    Pas de panique pour les frontaliers, il est encore possible de naviguer entre la France et la Suisse sans problème.

    Dans les entreprises

    L’incitation au télétravail recommence. Toutefois, les entreprises préfèrent ménager une voie médiane. Si le télétravail est volontiers mis en place, le tout-télétravail est cependant très rare.

    Pour éviter de devoir fermer, les masques refont leur apparition à l’intérieur des entreprises. Qui doit porter le masque et dans quelles circonstances ? Tout le monde ? Uniquement les non-vaccinés ? Est-il possible de se faire tester près du lieu de travail ? Qui prend en charge les coûts ? Bien que la crise sanitaire existe depuis plus de deux ans, ces questions restent en suspens dans bien des entreprises.

    L’un des points les plus négligés des consignes sanitaires commence à être pris au sérieux dans les bureaux – l’aération. Validé successivement par toutes les études sur le Covid, disposer d’une bonne aération est crucial pour limiter les transmissions du virus. Des possibilités de tests, du gel hydro-alcoolique, des masques à dispositions et une bonne aération participent de l’effort collectif.

    L’économie mondiale et l’exportation suisse

    L’économie Suisse a bien tenu suite aux chocs de 2020. Les chiffres viennent d’être publiés. La Suisse est moins surendettée que ses voisins européens, elle a donc plus de marge de manœuvre pour un programme d’aide massif. Mais est-ce suffisant pour encaisser une nouvelle crise majeure ? Peut-elle se permettre un confinement généralisé comme l’année dernière ?

    La Suisse est un pays d’exportation, son économie dépend beaucoup des échanges internationaux. Sur ce front-là, les nouvelles ne sont pas bonnes. Les pénuries de composants et les engorgements dans les transports pénalisent l’activité.

    Enfin, des ventes massives de titres par les actionnaires des grandes entreprises US peuvent donner à penser que des dirigeants “bien informés” anticipent une baisse des marchés financiers. Est-ce l’effet Covid ? ou la fermeture du robinet de l’argent distribué par les banques centrales ?

    Quoi qu’il en soit, pour que l’export suisse absorbe l’augmentation des prix de matières premières, il reste à espérer que le franc suisse ne devienne pas une “valeur refuge” trop importante.

    Apprendre à vivre avec des pandémies

    Les vaccins sont maintenant largement disponibles. Nos connaissances épidémiologiques s’aiguisent de jour en jour. Nos habitudes de vie ont été repensées. Désormais, il faudrait arrêter d’opposer l’économie et la santé par des coups de gouvernail extrêmes.

    Le contrecoup des décisions de l’année passée ne s’est pas encore fait ressentir. Décider une nouvelle vague de restrictions économiques aux entreprises et au pays après une réouverture généralisée c’est comme agir toujours en retard d’un épisode de la série.

    Le bourdonnement médiatique autour de l’augmentation des cas ne doit pas nous faire oublier le véritable indicateur – le taux d’occupation des soins intensifs. Tant que celui-ci n’est pas critique, on peut penser que rien ne justifie une augmentation des mesures. On peut aussi penser comme l’Allemagne et l’Autriche qu’il convient de prendre des mesures maintenant, tant que la vague est maîtrisable.

    L’illusion d’une éradication totale du virus pourrait s’avérer plus dangereuse encore que le virus lui-même. Elle peut conduire à des mesures retardées et donc trop extrêmes. Pour mieux vivre avec les pandémies, acceptons d’abord l’évidence. Tant que notre modèle économique se mondialise, les pandémies arrivent.

    Mieux vivre en pandémie permanente

    Après deux ans de navigation à grands coups de gouvernail des États, le moment semble venu de définir démocratiquement une panoplie de mesures appliquées de manière continue?

    Les premières seraient les plus modestes et les plus efficaces : lavage des mains, port du masque, aération. D’autres mesures seraient à déclencher selon la hauteur de la vague pandémique qui arrive : test, vaccination, pass. Il convient de débattre par anticipation des mesures d’exception en en cas de tsunami sanitaire : obligation vaccinale, confinement ciblé, confinement général.

    Nos sociétés entrent dans une époque de pandémie permanente. Les démocraties devraient l’anticiper. Pour réduire les crispations en temps de crise, débattre et voter une gouvernance de la vie en collectivité en période de crise sanitaire.

    En ce sens, la votation fédérale de novembre 2021 sur le Covid ouvre a voie à ce type de débat. Une votation plus globale sur les leviers de l’État dans la lutte contre les pandémies serait nécessaire pour statuer entre le respect des droits individuels, l’obligation de santé publique et le maintien de l’activité économique.

    Cette étape démocratique semble aujourd’hui nécessaire pour passer le cap, en finir avec les coups de gouvernail extrêmes et les protestations. Il faut maintenant s’accorder et mieux vivre la pandémie permanente.

    Notre Dossier : Covid, Suisse-France