Rapatriement de salaire frontalier 2/2
néo-banques, banques internet

Rapatriement de salaire frontalier 2/2
néo-banques, banques internet

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Rapatriement de salaire : néo-banques

Tous les mois, le rapatriement de salaire préoccupe des frontaliers qui travaillent en Suisse. Des néo-banques s’étaient déjà positionnées sur ce sujet avant la pandémie. La crise sanitaire a encore boosté leur adoption. A titre d’exemple, l’augmentation du télétravail a poussé des frontaliers à préférer des modes de rapatriement du salaire, plus simples, plus efficaces, faciles à utiliser à distance. Sur ce terrain, les néo-banques commencent à prendre des parts de marché aux banques traditionnelles.

Cet article vient en complément du précédent Rapatriement de salaire frontalier 1/2, Banque-bureau de change-change internet. Nous abordons ici les néo-banques, ces nouveaux acteurs appréciés par des frontaliers pour le rapatriement du salaire. Les réactions des banques traditionnelles qui cherchent à s’adapter aux offres numériques et rester compétitives seront décrites. Les prochaines solutions de rapatriement de salaire, d’un futur…pas si éloigné seront mentionnées !

Sommaire :

  • Que proposent les néo-banques ?

    Comme son nom l’indique, ce quatrième acteur qui arrive dans le secteur du rapatriement de salaire s’apparente à une banque. La néo-banque est une start-up ou une filiale de banque traditionnelle qui utilise les nouvelles technologies pour fournir quelques services bancaires par le WEB. À l’origine ce n’est pas une Banque par internet comme celles créées ces 15 dernières années. La néo-banque entre sur le marché en se spécialisant sur un ou deux services. Son objectif est d’offrir la meilleure expérience utilisateur et un prix compétitif en commençant avec une offre limitée.

    Le préfixe “néo” souligne que l’offre est nouvelle. L’avenir dira si cette couverture qui combine change et moyen de paiement est pertinente pour le besoin de rapatriement de salaire des frontaliers. Les tarifs sont agressifs sur le taux de change et les frais. La facilité d’utilisation vient ajouter un avantage concurrentiel.

    Leurs clients se comptent maintenant en millions. Elles bousculent donc les habitudes des consommateurs et le secteur bancaire traditionnel. L’absence d’agences, une offre ciblée, et peu de personnels permettent aux néo-banques de réduire leurs marges et commissions et de ne pas facturer de frais de gestion de compte.

    Revolut

    La néo-banque Revolut a le plus de résonance sur le Forum des frontaliers. Elle a été lancée en 2014 par deux anciens employés de Crédit Suisse. Revolut propose un compte multi devises. Il suffit de télécharger l’application, ouvrir son compte (en quelques minutes) et faire un premier transfert d’argent par carte de crédit ou virement.

    En plus de sa praticité au quotidien (on peut suivre l’évolution des opérations en direct sur son smartphone), elle couvre l’ensemble des fonctions de rapatriement pour les frontaliers et offre un taux de change avantageux : rien de moins que le fixing interbancaire du jour. Révolut propose également des virements à l’étranger sans commission.

    Depuis début 2019, Revolut a mis en place les IBAN domiciliés en Suisse appelés ici “IBAN CH”. C’est une bonne nouvelle pour pouvoir faire verser son salaire par son employeur directement sur ce compte mais ce service n’est disponible que pour les résidents Suisses. Actuellement, les frontaliers n’ont accès qu’à un IBAN “LT” qui est soumis à des frais de virement par les Banques Suisses.

    Pour accéder à l’offre Revolut pour les particuliers:
    L’offre de carte par Revolut

    pour les indépendants et les entreprises:
    Revolut Business: L’offre de cartes pour les professionnels

     

    N26

    Cette néo-banque créée en Allemagne est présente en France depuis janvier 2017.

    Elle propose les services attendus par une néo-banque : présente sur mobile, ergonomie et simplicité d’utilisation,  avec un compte en euros (IBAN nominatif à domiciliation allemande, “DE”). Elle permet de payer dans plusieurs devises sans commissions tout en appliquant les taux de change Mastercard. La gamme de services de N26 s’est beaucoup développée dernièrement.

    Combien coûte le rapatriement de salaire ?

    L’objectif  de réduire au maximum les frais de rappatriement et d’obtenir le meilleur taux de change a amené Sli74 à détailler combien coûte chacune des étapes du rappatriement. Dés 2018,  Sli74 présentait dans le Forum des frontaliers la méthode qui cumulait “sécurité et économie”. Cette méthode a été valide jusqu’en été 2019. Les coûts ci-dessous montrent que l’objectif a été atteind.
    Sli74 a actualisé la méthode en 2019 en passant par une banque traditionnelle.
    En 2021, Dydou et Pitkaribou  ont mis à jour la méthode de rappatriement.

  • Ces méthodes de rappatriement s’appuient sur une succession d’acteurs. Chacun est utilisé pour la portion de service qu’il est sensé faire le mieux. Le meilleur coût est obtenu. Quelques lecteurs du Forum jugent que c’est compliqué. D’autres  pensent que les économies justifient un petit peu de complexité.

    Banque Suisse – Wise – Revolut – Banque Française

    Voici la méthode proposée par Sli74 en 2018 :

    Tout d’abord avoir un compte en Suisse dans une Banque Suisse pour recevoir votre salaire. Pour ma part je suis à la BCGE, 3chf de frais / mois + 18 chf de frais frontaliers / 3 mois. Avec ça j’ai un compte CHF, une carte bancaire Maestro et un accès complet à mon compte via Internet et application Téléphone. Frais = 9 CHF/mois

    Ensuite J’ai ouvert un compte Revolut, hyper facile via l’application téléphone, j’ai 2 comptes, un en Euros et un en CHF, une carte Mastercard mais la basique. Frais = 0€

    J’ai un compte TransferWise , sur lequel j’ai pris une carte de débit Mastercard gratuite et ouvert une ligne de compte en CHF donc sans frais ! j’utilise aussi l’application Téléphone Transferwise pour gérer la carte bancaire (autorisation, blocage de la carte en temps réel si je ne l’utilise pas, limite max de paiement etc.) Là aussi pas de frais ouverture du compte, carte bancaire = 0 €

    Je transfère mon argent en CHF de la BCGE vers ma ligne de compte en CHF de Transferwise.

    Une fois reçu, je transfère l’argent que j’ai reçu en CHF sur Transferwise vers mon compte en CHF de Revolut.

    Donc c’est là que la carte Transferwise rentre en jeu. Vous allez sur votre application Revolut, sur la page principale de l’application vous cliquez sur le + en haut à gauche. Vous allez recharger votre compte Revolut. Choisissez la devise, donc CHF et ensuite le moyen de paiement. Ajoutez-y votre carte de débit de Transferwise et payez du montant que vous voulez.

    Votre compte Revolut est alors crédité immédiatement en CHF du montant que vous voulez et votre compte Transferwise débité du même montant et cela sans frais. (Si gros montant, il faut juste paramétrer les autorisations de débit max pour la carte bancaire dans l’application transferwise du téléphone) : Frais =0€.

    Maintenant sur Revolut, et cela jamais le week-end et jour férié (le cours ne change pas car les bourses fermées : Les paiements réalisés le week-end se voient appliquer un écart de taux compris entre 0,5 et 2 % en fonction des devises. Ceci pour pallier une éventuelle hausse ou baisse de devises à la réouverture des marchés le lundi matin.).

    Donc seulement en semaine jours ouvrés, vous n’avez plus qu’à changer vos CHF en EUROS et cela en temps réel avec le court qui change à la seconde. C’est vous qui décidez à quel taux, c’est immédiat ! Jusqu’à 6000€ pas de frais et au-dessus il y a des frais. La conversion de votre argent dans une autre devise est gratuite jusqu’à 6’000 € convertis par mois. Au-delà, une commission de 0,5 % s’applique.

    Rapatriement salaire frontalier : Mise à jour de 2019

    Les changements de l’été 2019 sur la gestion des IBAN des comptes Revolut ont amené alain68 et Sli74 à mettre à jour la démarche : 

    alain68 le 30 oct “(…) rapatrier de l’argent sur Revolut avec une CB qui n’est pas du pays de résidence génère d’important frais !

    La solution la moins cher actuellement reste un virement d’une banque CH vers le compte Revolut UK puis un change dans Revolut puis un virement vers un compte FR.

    Les seuls frais que cela génère (si le virement n’est pas un week-end et si la somme à changer n’est pas de plus de 6’000€) sont les frais de virement international de votre banque… chez UBS c’est 5CHF”

    Récemment, en 2021, les échanges d’expériences sur le Forum ont mis à jour une nouvelle stratégie, plus adaptée aux nouveaux tarifs.

    En 2021, Yuh – Wise – Revolut – Banque Française

    Mise en avant par Dydou et Pitkaribou, cette nouvelle méthode consiste à demander à l’entreprise suisse dans laquelle on travaille, de verser le salaire sur un compte Yuh. À partir de cette néo-banque, on peut payer son assurance LaMal et verser son argent sur un compte Wise, sans aucuns frais. Depuis Wise, on peut faire un virement sur notre compte Revolut, évitant ainsi d’éventuelles charges. Ensuite, on change ses francs Suisses en Euros à un taux imbattable grâce à Revolut. Ne reste alors qu’à virer ses euros sur son compte bancaire français.

    Pour expliquer la procédure, Pitkaribou à fourni le schéma suivant :


    Qu’en disent les utilisateurs ?

    Sur le forum des frontaliers, les avis de ceux qui ont utilisé les néo-banques sont plutôt positifs :

    Malfrok, le 6 mars : j’utilise Revolut et j’en suis hyper satisfait.

    Will, le 7 mars : Je déconseille N26. J’ai été l’un des early adopters jusqu’à présent mais le service/support s’est vraiment dégradé. Le modèle payant est fatalement arrivé mais malheureusement ils ne sont pas à la hauteur niveau service.

    La démarche de rapatriement apparaît encore un peu compliquée pour certains :

    alain68 le 20 août : Bref vraiment compliqué de ne pas se faire piquer de l’argent par sa banque.

    Les subtilités d’utilisation sont partagées entre les frontaliers :

    ptislim, le 10 septembre : Quand je fais le virement je mets tous les frais à la charge du bénéficiaire, c’est-à-dire Revolut donc je n’ai que 5chf de frais.

    camocim, le 21 août : ce qui est bizarre c’est qu’un virement depuis ma banque ch ou depuis le compte ch de TW serait refusé par revolut, mais un approvisionnement depuis revolut avec la carte TW ne le serait pas…. pourtant venant du même compte ch non domicilié en suisse…

    Certains utilisateurs sont emballés par le taux de change et par l’immédiateté du change, comme s’ils étaient directement connectés au marché :

    alain68, le 14 août : taux de change interbancaire en live… tu vois les fluctuations et au moment où tu cliques le change est fait… Donc simplement IMBATTABLE ! les seuls frais sont ceux de ta banque suisse vu que c’est un virement vers un compte en GB.

    Restent les inconvénients de la nouveauté… les changements de l’offre, les blocages de la réception de fonds pour contrôle d’origine. L’offre actuelle des néo-banques ne semble pas en mesure de remplacer le rôle des banques “traditionnelles” pour les frontaliers…

    Les néo-banques étrangères demandent une licence bancaire en Suisse. Cela leur permettra de proposer un IBAN CH nominatif pour un non résident et d’élargir leur gamme de produits Suisses. Avec quelques millions d’utilisateurs, elles commencent à s’imposer sur le marché et faire de l’ombre au secteur bancaire traditionnel. Paradoxalement, cette tendance se confirme avec l’arrivée de néo-banques suisses, liées aux banques traditionnelles.

    Les banques contre attaquent

    Les banques traditionnelles ne restent pas inactives.. Elle contre ataquent en faisant évoluer leur “Banque en ligne”. Certaines vont même créer leur propre néo-banque. Face aux nouveaux concurrents, elles étoffent leurs offres numériques. Par exemple, PostFinance et Swissquote se sont récemment alliés pour lancer Yuh. Cette application permet de transférer de l’argent, d’épargner ou encore de trader.

    Crédit Suisse entre dans la course avec son application CSX qui permet d’ouvrir un compte et d’obtenir une carte de débit gratuitement. L’offre basique demande 2 CHF à chaque retrait mais une carte premium à 47.40 CHF par année permet de retirer son cash sans frais supplémentaires. À noter qu’il existe une offre jeune (12-25 ans) qui permet de bénéficier gratuitement de l’offre premium. Un partenariat avec l’assurance AXA permet également de contracter des assurances par l’application.

    Outre CSX, Crédit Suisse entreprend également de diversifier son offre en ouvrant des espaces de coworking dans ses bureaux. À Zurich, les espaces de Crédit Suisse servent également de bar et d’espace de conférences. Il faut dire que les taux de change de CSX restent plus élevés que ceux des néo-banques comme Revolut et N26. C’est donc par l’offre de services supplémentaires, tels que la mise à disposition d’espaces de travail, que la banque suisse tente de se démarquer.

    En février 2018, la banque Cler (ex-banque Coop) avait lancé son application Zak. Il est toutefois nécessaire d’avoir une adresse en suisse afin de pouvoir s’inscrire – l’application s’adresse donc plutôt aux résidents suisses et non aux frontaliers qui habitent en France. C’est également le cas pour Neon, une application développée par l’HypothekarBank Lenzburg.

    Le choix de la flexibilité

    Les contributions des frontaliers dans le Forum des frontaliers, le partage de leur expérience et l’intelligence collective mobilisée témoignent de l’importance de ce sujet. Ces frontaliers sont agiles lorsqu’ils ajustent leur solution flexible de rapatriement. Ils s’adaptent à l’évolution des offres et se les approprient.

    On remarque aussi que malgré les imperfections des premières versions des offres de néo-banques, les frontaliers peuvent rester fidèles à une solution et en suivre les évolutions. Mais pour qu’une offre rencontre leur intérêt, elle doit afficher une certaine transparente des coûts et proposer une efficacité immédiate.

    Le néo-rapatriement

    En étudiant les néo-banques, on a vu apparaître des frontaliers qui construisent ce que l’on peut appeler des méthodes de néo-rapatriement de salaire. Ces nouvelles méthodes adaptent l’offre disponible à leurs besoins spécifiques de rapatriement : tantôt un salaire standard, tantôt un salaire avec prime, un jour de semaine, une fin de semaine etc. Elles modulent l’utilisation des différents circuits au cas par cas. On est loin de l’ancien virement bancaire automatiquement planifié en fin de chaque mois.

    La légitimité de l’efficacité

    Nous avons aussi remarqué que la légitimité des Banques à être l’acteur unique du rapatriement de salaire était sérieusement érodée. Des acteurs internet étrangers sont choisis par des frontaliers sur la base de critères de transparence, praticité, économie et d’efficacité.

    Cette mutation du critère de légitimité a été identifié par les Banques. Pour preuve, elles affichent maintenant des solutions de rapatriement portées par des App mobiles de partenaires fintech sans même que le nom de la Banque n’apparaisse. C’est le cas de l’HypothekarBank Lenzburg avec Neon. Le nom de la Banque n’est plus suffisant pour conforter le choix d’une solution. C’est l’efficacité d’une offre qui lui donne sa légitimité !

    Futures solutions pour le rapatriement de salaire du frontalier

    L’arrivée d’acteurs supranationaux

    Sli74, en décembre 2018 : Contrairement à beaucoup de frontaliers, je consomme aussi en Suisse et n’ayant pas confiance à la zone Euros et au Brexit, je préfère que mon argent reste dans une banque Suisse”.

    Avec des solutions de rapatriement de salaire de plus en plus fluides, la question de la domiciliation bancaire du frontalier, en France, en Suisse ou… ailleurs se posera un jour.

    Les porte-monnaie électroniques proposés par les grands acteurs du WEB arrivent. Ils sont bâtis pour être pratiques et sécurisés, pour acheter facilement des biens et services, pour faire des transferts instantanés, le tout avec des frais minimum. Au vu de l’engouement actuel et de l’amélioration continue de l’offre des néo-banques, leur succès semble inéluctable.

    Que ce soit la Libra de Facebook ou une consœur, des solutions simples vont émerger pour le rapatriement de salaire du frontalier.

    Et les Banques centrales ?

    Ces solutions vont impacter les Banques centrales. Celles-ci devraient accompagner et orienter le mouvement, améliorer ces initiatives, contribuer à les sécuriser, aligner les réglementations.

    Actuellement, ce sont surtout les crypto-monnaies, et notamment les stablecoins, qui inquiètent les Banques centrales. Bien que les stablecoins s’annoncent comme un excellent moyen de rapatrier son salaire, il faudra voir comment ceux-ci vont être autorisés à se développer. À ce titre, Libra a déjà fait les frais de l’inquiétude des États et des Banques centrales.

    Outre la règlementation des initiatives privées, les Banques centrales comptent également proposer des solutions alternatives. De nombreuses études et expérimentations visent à émettre des “monnaies numériques de Banques centrales”. En bref, des crypto-monnaies émises par les Banques centrales à destination des citoyens. Outre les évolutions techniques liées au rapatriement de salaire, c’est donc de véritables bouleversements institutionnels qui semblent se profiler.

    Notre dossier sur les néo-banques

    https://frontalier.moncoachfinance.com/dossier-neo-banques

Commentaires

  1. Merci aux contributions des participants du Forum qui nous ont permis d’actualiser ces 2 articles sur le Rapatriement de salaire !
    Les frontaliers vont pouvoir bénéficier de ce retour d’expérience !