Bitcoin – un pari contre l’inflation

Bitcoin – un pari contre l’inflation

De l'once d'or au bitcoin, l'évolution des réserves de valeurDe l'once d'or au bitcoin, l'évolution des réserves de valeur

En avril dernier, le marché des cryptos monnaies a atteint une capitalisation de deux mille milliards de dollars (2 trilliards de dolalars, 2T) pour retomber à 1.3T en juillet. Bitcoin (BTC) représente près de la moitié de cette capitalisation avec 600 milliards de dollars et un pic en avril à plus de mille milliards de dollars.

De tels montants ont de quoi faire tourner la tête ! Et pour cause, puisque le Bitcoin a dorénavant une capitalisation qui équivaut au PIB des Pays-Bas. C’est le tiers du PIB français, et plus de deux fois celui du Portugal.

Il existe des milliers de crypto-monnaies. Le site coinmarketcap en répertorie plus de 11’000 qui ont chacune leur propre cours. Toutefois, c’est le Bitcoin qui donne le tempo des marchés.

C’est pour cette raison que nous allons nous focaliser sur le Bitcoin dans cet article. À la suite des baisses généralisées sur les marchés financiers de cet été, l’or numérique est-il une valeur refuge ? Dans la continuité de nos articles sur les cours de change et notre dossier “Crypto-monnaies, Bitcoin, Stablecoins…”, le Bitcoin est-il une solution contre l’inflation ? Comment peut-on estimer l’évolution de son prix ?

Sommaire :

 

La réputation sulfureuse du Bitcoin

Actif uniquement spéculatif, volatilité folle, système ultra-polluant car trop gourmand en énergie, monnaie utilisée par les trafiquants… La réputation du Bitcoin est on ne peut plus sulfureuse.

Certaines de ces critiques soulignent des insuffisances réelles. Il est par exemple exact que la forte volatilité du Bitcoin l’empêche actuellement d’être utilisé comme médium d’échange.

D’autres remarques sont toutefois à relativiser. À commencer par l’idée que le Bitcoin serait la monnaie phare des criminels et trafiquants. En effet, contrairement aux idées reçues, le Bitcoin n’est pas une monnaie anonyme mais pseudonyme – ce qui est bien différent.

 

Le Bitcoin, une cryptomonnaie facilement tracée

Pour l’expliquer brièvement, toutes les transactions faites en bitcoin peuvent être consultées librement sur internet. Il suffit de se rendre sur un service de block explorer comme le site mempool.space. On peut aisément retracer n’importe quelle transaction.

De plus, les pseudonymes – c’est-à-dire les adresses publiques, peuvent être facilement associés aux identités réelles puisque l’immense majorité des achats de bitcoin s’effectuent sur des plateformes d’échanges qui requièrent une pièce d’identité lors de l’inscription.

Bien entendu, il existe des stratégies pour compliquer le traçage des transactions. Cependant, entre le système totalement transparent de Bitcoin et les techniques avancées d’analyse de chaînes utilisées par les autorités de contrôle, le cash des monnaies nationales est infiniment plus discret. C’est donc sans surprise, non pas le Bitcoin mais le dollar qui est la monnaie la plus utilisée par les criminels.

 

Le Bitcoin – un pari contre l’inflation

L’intérêt premier du Bitcoin – la raison pour laquelle il a été créé, est de constituer une valeur relativement indépendante des décisions gouvernementales.

Dans cette optique, le Bitcoin peut être compris comme un pari contre l’inflation. En effet, les banques centrales peuvent augmenter à souhait la masse monétaire en circulation. Il leur suffit d’imprimer le montant désiré via des politiques monétaires expansionnistes comme le quantitative easing de 2008.

À cet égard, la masse monétaire M2 américaine a crû de plus de 25% ces deux dernières années et l’inflation américaine a dépassé 5% en juin – en valeur annuelle.


Comme on peut le constater dans le graphique ci-dessus, le quantitative easing de 2008 n’est qu’un soubresaut comparé aux injections de liquidité de 2020 suite aux stimulus covid.

 

La réserve de valeur du Bitcoin

Bien loin de la ”planche à billets” des États, l’émission monétaire du Bitcoin est réglée comme une horloge. Personne ne peut changer ces règles à lui seul. Cette limite stricte dans l’émission du Bitcoin est inscrite dans le marbre de son protocole. C’est cette rareté artificielle qui lui permet d’être un actif intéressant en tant que réserve de valeur.

Pour toutes ces raisons, le Bitcoin est parfois qualifié d’or numérique, et se présente comme un pari contre l’inflation, c’est-à-dire contre la perte de valeur des monnaies fiduciaires.

 

Historique du Bitcoin

Le Bitcoin a été créé en 2008 à la suite de la crise des subprimes pour redonner du pouvoir aux individus. Afin d’éviter que le Bitcoin ne se déprécie, une limite maximum de 21 millions de bitcoins est inscrite dans le protocole de cette crypto-monnaie.

Pour tout comprendre de la naissance du Bitcoin, je vous encourage à lire son whitepaper, c’est-à-dire le document qui lui a donné naissance : a peer-to-peer cash system.

Au cours du temps, Bitcoin est passé du statut de « cash system » au statut de valeur refuge. Les transactions bitcoins sont lentes et par conséquent ne peuvent pas être utilisées pour du paiement en temps réel. En revanche, si l’on prend la peine de lisser sa valeur extrêmement volatile, on s’aperçoit que son cours est en augmentation continue sur le long terme.

 

Une valeur refuge ?

Il est alors tentant d’investir dans cet actif pour se prémunir contre la perte du pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires. En raison de l’augmentation massive des masses monétaires avec le quantitative easing utilisé dès 2008, et l’injection massive de liquidités pour financer les stimuli post covid, mais aussi parce que d’autres valeurs telles que l’or n’ont pas performé durant la période de 2012 à 2021.

Faut-il considérer comme acquis que Bitcoin est une valeur refuge en raison de sa limite non inflationniste ? Comment s’y retrouver dans ses écarts de prix fulgurants ? y a-t-il un moyen de suivre l’évolution de la valeur de Bitcoin ?

Nous pouvons difficilement utiliser des modèles créés pour des classes d’instruments financiers qui existent depuis des dizaines d’années et qui ont un fonctionnement totalement différent d’une crypto-monnaie telle que Bitcoin.

 

L’évolution de la valeur du Bitcoin – le modèle Stock to flow

Les modèles prédictifs du Bitcoin sont nombreux. Peu ont cependant été capables de modéliser le cours de cet actif aussi précisément que le modèle stock to flow.

Développé par PlanB, un investisseur institutionnel néerlandais, ce modèle traite le Bitcoin comme une matière première telle que l’or, l’argent ou le platine. Une matière première peut prendre de la valeur si elle est thésaurisée et non utilisée à des fins productives, d’où l’augmentation de son ratio « stock to flow » (ratio du stockage par rapport au flux).

Une augmentation du ratio « stock to flow » pour une matière première indique une plus grande rareté de celui-ci d’où une augmentation de son prix. Formellement la valeur du stock to flow s’obtient en divisant le stock réserve de cette matière première par sa production annuelle.

Procédant ainsi, on constate que l’or possède le meilleur ratio, suivi par l’argent et le palladium.


Le stock et le flux des bitcoins

Dans le cas du Bitcoin, le stock est facile à déterminer avec précision. Il suffit de se rendre sur un block explorer et de vérifier la somme des bitcoins en circulation. Connaître le flux d’émission des bitcoins est également un jeu d’enfant puisque tout est inscrit noir sur blanc dans le code informatique du Bitcoin.

Précisément, les règles d’émissions de nouveaux bitcoins fonctionnent par halving (un halving se traduit par « moitié »). Concrètement, tous les 4 ans la somme des nouveaux bitcoins émis se divise par deux. Le prochain halving aura lieu au printemps 2024. Le dernier halving devrait se tenir en 2140 lorsque les 21 millions de bitcoins auront été minés. 98% des bitcoins auront été émis en 2028.

Ces bitcoins émis, servent à récompenser les mineurs, c’est-à-dire les individus qui mettent l’énergie de leurs machines au service du réseau Bitcoin. Initialement, le mineur qui validait une transaction Bitcoin était payé 50 BTC en 2009, puis 25 BTC en 2012, 12.5 BTC en 2016, 6.25 BTC en 2020.

À la lumière du modèle stock to flow, on constate que le ratio actuel du Bitcoin est de 54 (moyenne sur 10 jours). Ce qui l’inscrit directement en deuxième position, entre l’or et l’argent. Et puisque le flux de Bitcoin se divise par deux chaque halving, cela signifie que son ratio stock/flow est multiplié par deux tous les 4 ans. Il est alors possible d’estimer l’évolution du prix du Bitcoin pour les années à venir.

Modéliser le cours du Bitcoin

Regardons comment se comporte le cours de BTC en US Dollar par rapport aux dates d’halving et par rapport à l’évolution du ratio stock to flow (moyenne à 10 jours) et du ratio stock to flow (moyenne à 463 jours, qui colle assez bien aux cours de BTC).


L’axe des abscisses représente les années. La valeur du Bitcoin en dollars est inscrite sur l’axe des ordonnées. Notez bien que l’échelle des valeurs est logarithmique, c’est-à-dire que chaque unité équivaut à 10x l’unité précédente.

La courbe bleue correspond à notre modèle prédictif sur 463 jours. La courbe de plusieurs couleurs représente le cours réel du Bitcoin. Malgré quelques écarts momentanés, le cours réel semble parfaitement coller à la courbe prospective. Bien que ce modèle fonctionne depuis plus de 10 ans maintenant, il n’est pas garanti qu’il reste valide indéfiniment. Nous parlerons des faiblesses du modèle dans un prochain article.

Lorsque la courbe est bleue, cela signifie que nous sommes à la date du halving. Le rouge en revanche indique que nous sommes à 1400 jours du prochain halving, c’est-à-dire un peu moins de 4 ans.

On constate que les cycles de la valeur du Bitcoin sont corrélés aux halvings. Le maximum du cycle actuel devrait/pourrait donc se produire de fin 2021 à fin 2022 atteignant potentiellement une valeur de 300’000 USD avant de retomber en attendant le prochain halving qui le rendra plus rare.

Vous pouvez également constater qu’en 2013 il a eu un maximum « orange » mais le maximum du cycle s’est produit en « Jaune », cela nourrit les débats actuels, le BTC a-t-il réalisé le maximum de son cycle ? ou devrons-nous attendre la date approximative de 600 jours au prochain halving pour le voir atteindre le maximum de ce cycle ?

 

Quand investir ?

La meilleure stratégie d’investissement est donc d’acheter en période bleue et de vendre en période jaune-verte. Mais si vous ne souhaitez pas risquer vos économies en ratant ces dates qui peuvent évoluer dans le temps, je vous conseille d’investir de façon régulière des montants que vous pouvez perdre …

Par exemple, si vous avez investi 40 CHF par mois depuis 2 ans vous auriez 2240 CHF en juillet 2021 soit une augmentation de 134%.

 

Où acheter du Bitcoin ?

Si vous pensez que le maximum est à venir et que vous vous demandez où acheter du Bitcoin, nous avons testé pour vous les acteurs suivants (il y en a beaucoup d’autres …).

    • Une banque Suisse : Swissquote
    • Une société Suisse avec une licence d’intermédiaire financier européen : Swissborg
    • Une société Suisse pour investir des petits montants régulièrement (DCA) : Relai

 

Notre Dossier : Crypto-monnaies, Bitcoin, Stablecoins…

Planche à billets en surchauffe… se protéger contre la fonte de l’épargne

Comment la Suisse s’est réinventée en eldorado des cryptomonnaies ?

Taux change euro/franc suisse après le Covid-19