Choisir d’être indépendant : tendances de fond

Choisir d’être indépendant : tendances de fond

Choisir d’être indépendant : tendances de fondChoisir d’être indépendant : tendances de fond

Les emplois atypiques vont-ils devenir la norme ? Avec la fin de l’emploi “à vie” et avec les changements d’activité professionnelle, le statut d’indépendant n’est plus synonyme de “risque”. Au contraire, “Indépendant” peut même être associé à “réduction du risque”.

Avec la crise du COVID 19, les entreprises sont plus frileuses pour embaucher des salariés. Le statut d’indépendant séduit de plus en plus. Le déclin du salariat s’accentue. La progression du nombre d’indépendant va t’elle durablement bouleverser notre économie ? Choisir d’être indépendant, est-ce une tendance de fond ou un phénomène conjoncturel, voire générationnel ?

Sommaire :


 

Un marché du travail tendu

Alors que le chômage gagne du terrain partout en Europe, les employeurs, eux, se plaignent de la pénurie de travailleurs qualifiés. On relève en effet une inadéquation entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi.

Les jeunes aux formations insuffisantes qui ne disposent pas forcément des compétences recherchées par les entreprises, et les seniors subissent de plein fouet les conséquences de la crise. Faute de trouver un emploi « classique », ils choisissent parfois dans le travail d’indépendant. Cela peut constituer une opportunité pour les entreprises.


 

Les indépendants recherchés sur le marché

Pour suivre les changements de la demande et maîtriser leurs coûts, des entreprises tendent à réduire leurs effectifs, sous-traiter, externaliser. Nombre d’entreprises ont trouvé un intérêt à recourir à des prestations d’experts externes plutôt que d’embaucher sur une longue période.

Par ailleurs, les entreprises ne sont plus en mesure de garantir la pérennité à long terme d’un emploi. Si dans le passé le Contrat à Durée Indéterminée (CDI) était le graal qui permettait au salarié de rester jusqu’à la retraite dans l’entreprise, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Sans garantie d’emploi, pourquoi ne pas franchir le pas vers le statut d’indépendant ? Des compétences solides au service d’un nombre suffisant de clients devraient permettre de se placer sur le chemin de la réussite.


 

Le statut d’indépendant encouragé en France, en Suisse

En 2009, la France met en place un cadre législatif plus souple, un dispositif social et fiscal simplifié ainsi que des mesures d’incitations. Cela dans l’objectif de lutter contre le chômage, encourager la création d’entreprises et de rendre le marché du travail plus flexible.

En Suisse, la loi fédérale sur l’Assurance-chômage (LACI) prévoit un “Encouragement à une activité indépendante” (EAI). Le demandeur d’emploi peut bénéficier de quatre à six semaines de formation à la gestion d’entreprise. Pendant trois mois, il reçoit des indemnités chômage le temps de faire mûrir son projet. Au terme de cette phase dite “d’élaboration de projet”, il doit choisir entre son statut de demandeur d’emploi et celui d’indépendant.


 

Internet, tremplin pour l’indépendant

Le développement du web a révolutionné le monde du travail et contribue à l’accroissement du nombre d’indépendants. Selon le type d’activité, Internet peut faciliter le fait d’avoir plusieurs clients. Attention, en plus d’internet, le réseau professionnel et personnel n’est pas à négliger pour s’assurer un volume satisfaisant de clients.

Des plateformes spécialisées comme Upwork ou, dans une moindre mesure Malt, permettent aujourd’hui de connecter offres et demandes de missions. Elles mettent en contact les apporteurs de missions et les apporteurs de compétences. Elles facilitent aussi les appels d’offres, la facturation.


 

Le statut d’indépendant : avantages et risques

L’avantage principal du statut d’indépendant est l’autonomie. L’indépendant est libre d’organiser son travail comme il l’entend, sans aucun lien de subordination hiérarchique. Il peut ainsi conjuguer, concilier plus facilement vie professionnelle et vie personnelle. Selon le métier exercé, il peut travailler depuis son domicile et gagner en productivité.

De plus, il diversifie son activité quand il mène différentes missions chez plusieurs clients. Cela lui permet d’accroître son expertise et par-dessus tout et son employabilité. A terme, cette accumulation d’expériences variées  peut également  pousser à la hausse son taux de facturation et l’intérêt de son travail.

Le risque principal pour l’indépendant est de ne pas avoir un nombre suffisant de clients. Ce risque est entrepreneurial. Peu de clients c’est l’éventualité qu’à la perte d’un de ceux-ci, l’équilibre économique de l’entreprise soit en jeu. Le risque est aussi réglementaire. En effet, pour pouvoir bénéficier du statut d’indépendant, il est nécessaire de justifier de l’existence d’au moins trois clients. Le non-respect de cette règle peut provoquer un basculement vers le statut d’employé.

De la même manière, certains métiers exercés par l’indépendant procurent de faibles revenus, qui ne permettent pas de vivre dignement, avec pour conséquence une précarité économique qui s’installe.


 

Profils variés des indépendants

Les jeunes diplômés aux compétences élevées sont les nouveaux arrivants dans la galaxie des indépendants. Avant, ils étaient “chassés” par les grandes entreprises avant même d’obtenir leur diplôme. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes diplômés, fraîchement sortis d’universités prestigieuses débutent leur carrière en tant qu’indépendant. Ils ont eu l’occasion d’avoir des premières expériences professionnelles pendant leur cursus. Ils ont intégré un projet de création d’entreprise dans le cadre de leurs études académiques. Ils ont bénéficié du conseil de leurs professeurs. Ils se lancent alors sur le mode Startup ou sur le mode consultant. Dans ces universités, le statut de salarié a perdu de son lustre. Le salariat est vu  soumis à une hiérarchie est à une stratégie d’entreprise sur laquelle l’employé à peu de prise. Le statut d’indépendant présente l’avantage de mettre directement à profit ses connaissances, ses compétences. Ces jeunes diplômés prolongent la stratégie apprise  au cours de leur études : accumuler rapidement l’expérience nécessaire pour vite se placer au mieux sur la vague des mutations économiques en cours.

Les salariés au bénéfice d’une solide expérience professionnelle ont toujours représenté un nombre important de nouveaux indépendants. En ce temps de mutation économique, dépendre de la seule vision stratégique de son patron présente un risque pour son emploi. Si l’entreprise fait une erreur de positionnement concurrentiel, ou décide d’une relocalisation, il y a risque de perte d’emploi. C’est d’autant plus le cas si l’on est âgé. Des salariés décident alors de reprendre les rênes pour guider leur parcours professionnel. Ils quittent le salariat en entreprise et choisissent de devenir indépendant. Cela peut contribuer à limiter le risque de se retrouver sur le bord du chemin et retrouver du sens à son action.

Enfin, les travailleurs moins qualifiés qui ont des difficultés à trouver du travail optent pour ce statut. En France, ils ont en moyenne des revenus mensuels inférieurs à 1’000 euros. Souvent précaires, ils représentent 75% des micro-entrepreneurs et sont considérées « à risque ».


 

Indépendant et cumul d’activités

La dernière catégorie citée, celle des indépendants moins qualifiés, est à l’origine d’un autre profil d’indépendant. Ces personnes cumulent une activité de micro-entrepreneur avec une activité salariée, en général très différente. En France, c’est le cas de 6 indépendants sur 10. Ce cumul d’activités leur permet de réduire le risque de sombrer dans la précarité.

D’autres ne cumulent pas d’activité, mais les revenus. C’est le cas des indépendants qui perçoivent une retraite ou encore des indemnités chômage.

Ainsi, il existe une grande inégalité financière selon les profils de l’indépendant. Les revenus des professions libérales sont bien plus élevés que ceux des micro-entrepreneurs. Les écarts sont souvent liés aux compétences et au type de métier exercé.


 

Devenir indépendant par nécessité

Les indépendants par “nécessité” sont souvent des profils sans compétence particulière qui ne parviennent pas à se faire embaucher. Pour sortir du chômage, ils sont contraints de monter leur propre entreprise et accepter des petites missions peu rémunérées. Dans un contexte où le marché du travail salarié n’offre pas assez de débouchés, cette catégorie subit le passage du salariat au statut d’indépendant.

On y retrouve les métiers liés au développement des services dans le secteur tertiaire. Il s’agit par exemple des livraisons à domicile, des services d’aide à la personne, ou encore du transport des personnes. De nombreuses plateformes numériques dédiées facilitent l’entrée dans ce marché. D’autres catégories deviennent indépendant par choix. 


 

Choisir d’être indépendant

Dans la catégorie de ceux qui font le choix d’être indépendant nous trouvons les profils à hautes compétences. Ils sont conscients de leur plus-value sur le marché. Ils connaissent l’intérêt et la rareté de leur profil. Ils ont moins de difficultés pour trouver des missions et peuvent réclamer des taux de facturation élevés. Ils apprécient l’idée d’une plus grande liberté de travail, sans subordination.

Nous trouvons aussi la génération Z qui a du mal à accepter les contraintes du salariat en entreprise. Ils les  jugent trop rigides. Ces jeunes nés après 1994 voient l’entreprise comme un environnement dur, fermé à l’innovation et au changement. Ils n’y trouvent pas les valeurs de coopération, respect, agilité, transparence auxquels ils aspirent. Ils sont à la fois tentés par l’individualisation de leur parcours personnel et la coopération. Cela les conduit à changer de norme sociétale. Pour cette catégorie, le statut le plus courant n’est pas d’être salarié. Il est fréquent d’être indépendant. Etre son propre patron c’est de la flexibilité et la possibilité de multiplier les expériences professionnelles.


 

L’indépendant « slasher »

Nous voyons également apparaître l’indépendant dit “slasher” (“la barre oblique” en anglais). Pour compléter ses revenus et/ou pour satisfaire son besoin de diversifier sa vie professionnelle, il cumule deux postes, voire plus. L’un garantit une certaine sécurité financière et protection sociale, c’est l’emploi dit « alimentaire », tandis que l’autre relève davantage d’une motivation, d’un intérêt. S’il ne génère pas une rémunération suffisante, le deuxième emploi offre tout de même un complément de revenus et un plus grand épanouissement professionnel.

Ces “slashers” utilisent le slash de leur clavier pour se définir : horticulteur/informaticien, préparatrice de commande/coiffeuse, voire livreur/aide à la personne/traducteur. Ce sont souvent des profils curieux, dynamiques qui ressentent le besoin de mener de front plusieurs activités. Le cumul des revenus permettre de vivre confortablement et être maître de ses choix. Ainsi, le risque peut être maîtrisé, réduit.


 

Indépendants : vers une évolution de société ?

Il est important de bien estimer la voie professionnelle sur laquelle s’engager et connaître ses priorités. Avoir à tout prix ma propre entreprise peut mettre mon revenu en danger. Il convient donc de collecter des données réalistes pour s’assurer que l’on pourra vivre de son travail. Il faut donc estimer sa capacité de création de valeur, ses avantages concurrentiels, la pertinence de son expertise avec les besoins de sa cible de clients. En cas de réponse positive, alors, la voie sera ouverte pour devenir indépendant.

Ce phénomène va-t-il durer ? Est-ce un changement profond ou un phénomène de mode ? Une certitude demeure : le salariat est en déclin. Au vu des profondes mutations conjoncturelles, structurelles et culturelles en cours, le statut d’indépendant semble bien répondre à une tendance socio-économique de fond.

 


 

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