Achats frontaliers, où va l’après crise?

Achats frontaliers, où va l’après crise?

- dans Vie pratique
Leave a reply
Coronavirus : livraison à domicile en plein boomCoronavirus : livraison à domicile en plein boom

Achats frontaliers, en route vers le futur ou retour vers le passé?

Notre vie pratique change ou devrait changer avec le déconfinement.  Avec l’après-crise on peut attendre à l’amplification des changements amorcés avant cette année 2020 plutôt qu’à une rupture brutale des comportements. Dans les zones frontalières, les frictions entre les différentes réalités nationales, réglementaires ou économiques, peuvent accentuer ces évolution en matière de tourisme d’achat, de revalorisation des productions locales, de consommation de proximité.

Quels en seront les impacts pour le quotidien des frontaliers et des habitants de ces régions? Quelles tendances et quels effets pratiques se dessinent dès maintenant?
Quels arbitrages entre la vie personnelle/professionnelle en découleront?

Sommaire :

 

L’hypermarché insatisfaisant

La crise des hyper a commencé bien avant l’apparition du coronavirus. Ils n’ont plus autant la cote auprès des consommateurs qu’il y a 20 ou 30 ans. Ceux-ci sont las de passer la moitié du samedi, à pousser un caddy dans la cohue! Regarder l’évolution du cours de l’action Carrefour depuis 2017, et d’Auchan maintenant, suffit pour s’en convaincre.
En réaction, des points de vente plus petits, donc plus près des zones de vie et des nœuds de communication, se sont multipliés.

La fin de l’ère du maxi est annoncée ! Allons nous reprendre en chœur le refrain de Jacques Dutronc: “petit, petit, petit, tout est mini dans notre vie”?

Le choc du Coronavirus

Plus petit, plus près c’est bien la combinaison gagnante en période de pandémie! Confinement oblige, ils sont nombreux à faire les courses au coin de la rue, dans des surfaces plus petites, bio ou pas.

Idem pour le drive-in, rapidement mis en place par tous les acteurs majeurs de la grande distribution. Mais le système de drive n’est pas dimensionné pour encaisser le rush engendré par la crise. Attente des commandes, créneaux horaires imposés, en pratique ça reste un peu difficile à utiliser ces temps-ci.

Même problème de délais pour les portails de commande web, qui se sont retrouvés bloqués, avec à la clef des délais de livraisons interminables. Et cela continue en période de déconfinement, on pointe toujours un certain nombre de couacs :

  • En mai en Suisse, nous avons testé le portail Coopathome qui demande une semaine de délai pour une livraison. Nous avons vu le samedi matin une longue queue devant MParc (et donc des risques sanitaires élevés), qui a dérouté des clients vers une attente plus courte devant le fleuriste du coin (reconverti au passage en fournisseur de terreau et de fleurs à replanter).
  • En France, les 60% d’augmentation du volume des commandes dans les drives de la grande distribution impliquent des délais de livraison qui peuvent atteindre une semaine, et des horaires de retrait imposés…

Les cartes sont redistribuées: proximité, circuits courts, et livraison: le Coronavirus accélère les mutations.
Si l’on ne veut pas passer du temps dans un magasin, ou sur un parking de drive, le salut passe par la livraison!

Les enjeux des livraisons

Le recours aux livraisons croit en France comme en Suisse. Uber Eats, Deliveroo, Smood et les plateformes alternatives, changent de braquet. La symbiose entre les livreurs et les points de vente de proximité se développe et se renforce.

Assurer la continuité logistique

La concurrence fait rage dans le secteur en France entre Deliveroo et Uber Eats et en Suisse entre Smood.ch, EAT.ch, Hop Delivery et toujours le mastodonte américain Uber Eats.

En Suisse Smood déjà lié à Migros, initie un partenariat avec Sonect, pour livrer aussi du cash à domicile! En France la grande distribution s’allie avec Deliveroo et Uber Eats pour livrer les commandes. Depuis début avril beaucoup d’enseignes alimentaires ont négocié des partenariats avec les plateformes de livraison à domicile. Des produits basiques ou frais sont proposés et aussi des paniers de repas ou même des “spécial apéro”… Si les prix sont majorés, la livraison est garantie 7 jours sur 7, en 30 ou 45 minutes durant les horaires d’ouverture.

Offrir une planche de salut aux “victimes” de la crise

En Suisse, la livraison devient un terrain de reconversion pour les “victimes” de la crise qui tentent de respirer un peu d’air frais :

  • Pomona (livraison de restaurants en gros), propose la livraison à domicile.
  • Lyreco (matériel de bureau), aux livraisons des rames de papier vers les domiciles des employés en télétravail, le site ajoute maintenant la livraison de nourriture…
  • Valora, propriétaire de points de vente en gare (k kiosk…) cherche à compenser l’absence de voyageurs dans les gares. La livraison de viennoiseries, boissons, produits laitiers, mais aussi de viande, produits ménagers et autres, est assurée en moins d’un jour.

Fournir une alimentation de qualité

La tendance est de faire toujours plus attention à la qualité de nos aliments. A côté des classiques produits transformés: pizzas, tacos, hamburgers, les clients commandent maintenant des basiques: fruits, légumes ou laitages si la qualité est au rendez-vous.
On cuisine donc une alimentation qui s’appuie sur des produits simples presque toujours disponibles. Le manque de farine dans les rayons indiquerait que l’on a recommencé ou appris à faire son pain.

Gagner en qualité de vie pour le frontalier

La qualité de vie est particulièrement importante pour les frontaliers qui passent beaucoup de temps en transport et travaillent 45h en Suisse. De retour à la maison, le frontalier a besoin de temps libre et d’en profiter !
Passer moins de temps à pousser un caddie, c’est plus de temps à consacrer aux siens, aux amis, aux loisirs… Cet enjeu d’amélioration de la qualité de vie, apparaît aujourd’hui primordial à beaucoup d’entre nous, et mérite bien un changement d’habitudes ou un effort financier, somme toute acceptables face au gain obtenu.

Le tourisme d’achat des zones frontalières

Il y a peu de grandes villes dans les zones frontalières. A part Annemasse en Haute Savoie et Saint Louis dans le Haut Rhin, l’habitat se répartit entre des cités moyennes ou des villages. L’effet de volume ne peut pas jouer, et donc peu de livraison “light” genre Deliveroo/Uber Eats: les distances sont trop grandes. Les gens se tournent plus volontiers vers les commerces de proximité ou les fermes alentour.

Quelle reprise du tourisme d’achat vers la France?

Le résident Suisse ne vient plus en France depuis le fermeture des frontières.
A ceux qui ont tenté leur chance, la police suisse a verbalisé au motif de “distraction de mission”. Les comportements vont-ils changer? Le prix demeure déterminant, si l’écart reste conséquent, les vieilles habitudes reprendront le dessus…

Un ralentissement du tourisme d’achat vers la Suisse ?

Aller faire son plein d’essence moins cher en Suisse, c’est également terminé pour les frontaliers qui n’ont pas d’autorisation de passage. Seuls ceux qui vont en Suisse pour des raisons professionnelles peuvent faire le plein et acheter des cigarettes ou s’offrir un bon Toblerone!
Pas si sûr que ces comportements reprennent rapidement après le 15 juin, des effets à long terme sont prévisibles…

Le local, une réponse au tourisme d’achat !

Les circuits locaux ont bien sûr bénéficié de la situation: petits producteurs de légumes, d’œufs ou de de volailles. Achat directement sur place si possible, sinon à travers des points de vente en ville ou d’un réseau de distribution à domicile.

Durant cette époque angoissante, les consommateurs auraient besoin d’être rassuré par une offre de produits sains et traçables. Le surcoût serait justifié par la qualité offerte.

Dans la région genevoise c’est des deux côtés de la frontière que vous pouvez vous approvisionner.
Côté suisse le site de la ville de Genève liste les fermes, les producteurs locaux , qui vendent et peuvent livrer. L’Union des Maraîchers de Genève a même ouvert une “pop-up store” (boutique éphémère) en centre ville. Le temps de la crise, elle y a proposé des paniers garnis à l’emporter, au plus près des citadins.

pop up store
“Pop up store” de l’Union des Maraîchers de Genève

Côté français, des sites font la promotion du local  et des fermes ont été prises d’assaut : la ferme de Follon à Coponex, ou un maraîcher de Beaumont qui utilise son fichier client pour envoyer chaque jeudi un mail le jeudi listant ses produits disponibles. Les clients passent commande et récupèrent leurs achats le lendemain. Beaucoup de monde également chez Chaffard à Neydens, qui propose la vente directe de produits maraîcher chaque jeudi de 17h00 à 19h00.

A Bâle, la lutte contre le tourisme d’achat est davantage circonscrite au centre ville. La municipalité offre des jetons de stationnement, ou l’occupation gratuite des trottoirs aux  commerçants. Pas sûr que cela suscite suffisamment l’envie de consommer local pour dynamiser le centre ville, des petits commerces continuent de baisser le rideau…

 

Le travail des frontaliers et le commerce de détail

Qui sait si la tendance va perdurer, et créer les emplois indispensables pour amortir le contrecoup de la crise attendu cet automne. La facilité et les habitudes de malbouffe reprendront-elles le dessus?

Du travail en Suisse pour les grandes enseignes

Migros et Coop ont beaucoup souffert ces dernières années. Elles recommencent à mieux vendre en zone frontalière. La suspension du tourisme d’achat ne leur fait plus subir de plein fouet la concurrence des enseignes françaises. On verra si elle resteront compétitives à la réouverture des frontières… En tout cas, les employés frontaliers ne chôment pas! Les chauffeurs sont au volant de leurs camions (les embauches se sont multipliées), et les livreurs pédalent!

Du travail en Suisse pour les petites surfaces

Les petites enseignes ont profité à plein du confinement. L’enjeu pour elles est de fidéliser cette clientèle trouvée ou retrouvée. Leur challenge est d’instaurer et en maintenir un différentiel de prix acceptable et une qualité élevée. A moins d’une récession ou d’un changement de modèle d’affaire, une baisse de prix radicale n’est pas envisageable. Elles doivent donc faire preuve d’imagination et d’innovation dans leur offre et soigner la qualité du service. Là aussi, les frontaliers qui y travaillent sont bien occupés !

Retour vers le passé ?

Au delà des évolutions possibles, pour l’instant il n’y a pas de révolution à l’heure de la libération!

En Suisse pour les premiers jours d’ouverture, on assiste davantage à un rush : la queue devant beaucoup d’enseignes, grandes et petites. Une frénésie d’achats, avec beaucoup de monde dehors, et beaucoup de monde à l’intérieur malgré les contraintes (difficulté d’essayage pour les vêtements). C&A communique même des records de vente. On se précipite aussi chez Big Mac ou O’Kebab, pour se “régaler” et oublier la frustration des dernières semaines!

Les zones commerciales françaises ont aussi fait le plein dès la reprise, en dépit des mêmes contraintes. Les longues queues devant les magasins, font que certains se découragent. Peut-être vont-ils retourner s’asseoir devant leur clavier et se connecter à Amazon? Des étiquettes de remises sont bien visibles dans beaucoup d’endroits, en avance sur la date des soldes.

Les ventes privés françaises commencent à envoyer des “offres spéciales reprise” à leurs clientes en France comme en Suisse. Le démarrage des soldes début juin en Suisse, puis mi-juillet en France, aura-il l’effet escompté? Le test sera intéressant, la réponse est attendue avec impatience par les professionnels, pour juger d’un éventuel effet “décroissance” sur les achats non essentiels.

Ou retour vers le futur?

Pour beaucoup, le futur c’est un transport optimisé, des circuits courts, moins de consommation, des commandes automatiques…

Transport optimisé

En comparaison avec les déplacements unitaires de chacun des acheteurs vers les supermarchés, les tournées de distribution des entreprises de livraison sont optimisées. De plus, des livraisons se font en vélo. En terme de production de CO2, c’est tout bonus pour la planète.

Circuit court

Les produits de saison et locaux sont privilégiés, plus d’un tiers de Suisses interrogés récemment sont disposés à les utiliser davantage. Va t’on arrêter d’acheter des mangues du Pérou ou d’autres produits venus par avion, aussi exotiques que superflus?  Effort vertueux qui préserve la planète, mais peut sembler anecdotique. Néanmoins, après ces semaines de confinement et de ralentissement de l’activité industrielle, des images satellites témoignent de la baisse spectaculaires de la pollution.

Moins de consommation et limiter les choix…

Utiliser des listes de courses et s’y tenir, acheter des paniers garnis, cela réduit le superflu. Ne plus passer devant les têtes de gondole ou suivre le parcours obligé entre les rayons des supermarchés, c’est aller à l’essentiel et par conséquent c’est moins de consommation.

Du réfrigérateur au distributeur

L’essor prochain de la 5G, et l’abandon aux majors chinoises de tous les aspects de cette nouvelle technologie suscite de nombreuses craintes. Néanmoins, l’architecture technique se met en place pour que demain ou après-demain, le réfrigérateur passe commande tout seul. Le distributeur local prépare, le livreur apporte… Certains en rêvent, pour beaucoup d’autres c’est un vrai cauchemar!

Alors, vous, finalement, vous êtes plutôt mini ou plutôt maxi ?

Notre dossier sur les achats en France et en Suisse

Le Bio à la cantine et à la maison en Suisse et en France

Anti-crise : entre partage et retour aux sources

Le Bio, arme Suisse contre le tourisme d’achat?