Coronavirus : le déconfinement frontalier

Coronavirus : le déconfinement frontalier

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Covid-19: des pays déconfinentCovid-19: des pays déconfinent

 


Compte tenu des annonces des autorités françaises le 28 avril et du conseil fédéral le 29 avril, l’article a été mis à jour

 

Après des semaines de confinement pour ralentir la propagation du coronavirus et éviter l’engorgement des centres hospitaliers, des pays européen annoncent que le pic est derrière eux et que l’épidémie est sous contrôle.

La Suisse et la France voient arriver le moment tant attendu du redémarrage: le déconfinement!
Les premières mesures prévoient une reprise du travail par vagues successives avec davantage de masques distribués et de tests de dépistage. L’organisation du déconfinement sera complexe. Elle ne sera pas synchronisée entre la France et la Suisse. Cela va faire durer la double peine du Frontalier décrite dans notre précédent article.

Comment le quotidien du frontalier sera-t-il impacté par le déconfinement?
Pendant cette période de changement, appuyons nous sur l’expérience du “Super Frontalier” qui s’est adapté et a continué à se rendre à son travail. Partageons les informations utiles sur le Forum des Frontaliers.

Sommaire :

Les dates du déconfinement en France et en Suisse

Le Conseil Fédéral Suisse précise le 16 avril que le début du déconfinement va commencer le 27 avril avec la reprise de nouvelles activités économiques. Les écoles primaires reprendront le 11 mai (à confirmer le 29 avril) et le secondaire le 8 juin.
En France les premières mesures de déconfinement sont prévues pour le 11 mai. Le 19 avril, le Premier ministre n’a pas donné plus de précisions, attendons donc la fin du mois pour en savoir plus.

Dates du déconfinement
France
Suisse
Economie
déjà activéRecours maximum au télétravail.Retour du personnel fragile dans les activités autorisées
Préparation de la reprise des activités
27 avril 2020Calendrier prévisionnel annoncé, susceptible de modifications selon l'évolution de la pandémie. Secteur hospitalier traditionnel, médical de ville, paramédical, dentaire
Secteur commerce non essentiel, bricolage, jardinage, coiffeurs
11 mai 2020
1ère phase du déconfinement réouverture de certains commerces non essentiels avec cahier des charges strict. Réouverture marchés de plein air, mais pas des centres commerciaux. Port du masque obligatoire dans les transport en commun, recommandé à l'extérieur. Mise en place d'horaires décalés dans les entreprises.Réouverture: tous les magasins et marchés, musées et bibliothèques ouverts (sauf les salles de lecture).
Sports de masse sans contacts (groupes de 5 maximum), sport de masse et de compétition dans les ligues professionnelles (sans matchs).
Restaurants par groupes de 4 personnes, enfants admis avec leurs parents.
2 juin 2020Hôtels, restaurants, bars, toujours fermés jusqu'à nouvel ordre..
Autres assouplissements selon les effets des mesures précédentes : bibliothèques, cinéma, divertissement ...
Pas de nouveau
Hotels, restaurants, bars, rassemblement de plus de 5 personnes...
Douanes / frontières
Aucun changement prévuQuelques postes frontière réouverts le 20 avril
Ecoles
11 mai 2020Reprise des écoles primaires, maternelles et crèches le 11 mai, par petits groupes de 10 enfants, sur une base de volontariat. Les collèges 6ème/5ème à partir du 18 mai dans les départements "verts". Pour les lycées: décision attendue fin mai.Ecoles primaires de 4 à 15 ans. Ecoles obligatoires, primaire et secondaire I. Les autres établissements; secondaire II, tertiaires et autres formation par groupes de 5 personnes au maximum.
2 juin 20202ème phase de la transition, précisions annoncées plus tard.Ecoles professionnelles, écoles secondaire 2, universités, hautes écoles

Ces dates de déconfinement décalées en France et en Suisse vont amener le frontalier à subir des déphasages d’autorisations administratives, d’organisation familiale et d’organisation du travail.

Deux confinements différents

Les actions contre l’expansion du covid-19 ont été très différentes en Suisse et en France.
Le confinement est plus strict en France que le semi-confinement en Suisse. Le retour vers la normale sera donc aussi très différent de chaque côté de la frontière.

Aujourd’hui,les activités économiques sont soit à l’arrêt, soit au ralenti. Chacun des pays cherche à mettre sur pied une stratégie efficace pour redémarrer au plus vite l’activité économique tout en protégeant la population.

Tout l’enjeu est d’éviter la seconde vague de pandémie, que beaucoup d’experts médicaux redoutent.

Deux calendriers de déconfinement décalés

En Suisse, le déconfinement va commencer par la réouverture du secteur médical hospitalier pour les opérations programmées, le secteur médical de ville et paramédical. Des commerces  non essentiels seront aussi ouverts (jardineries, bricolages, coiffeurs…). D’autres commerces devront attendre la  seconde étape du 11 mai.
Une troisième étape est prévue le 8 juin après une évaluation de la situation. Le consensus reste fort entre les cantons et les autorités fédérales. La collégialité fonctionne bien au sommet de la Confédération.

En France, la dernière allocution du Président du 13 avril, promet un allègement du confinement et une réouverture des écoles, à commencer par les crèches et le primaire, afin de permettre aux parents de retourner travailler.
La mesure n’est pas encore détaillée, mais elle suscite déjà de nombreuses critiques. Certains dans les milieux médicaux estiment que l’école est la dernière activité à ouvrir, mais d’autres (comme le fameux professeur Raoult), jugent que les enfants ne portent que très faiblement le virus. Le premier Ministre et le ministres de la santé ont communiqué sur le sujet le dimanche 19 avril sans plus de précisions. L’Assemblée Nationale sera sollicitée à la fin du mois d’avril. Après la pénurie d’équipements pour combattre le Covid-19, nous risquons bien de vivre la pénurie de consensus.

Le déconfinement s’appliquera aussi aux critiques. Plus le déconfinement avancera, plus des critiques sur la gestion de la crise pourraient fragiliser le consensus nécessaire contre la pandémie.

Les visions politiques du déconfinement

Dans les deux pays, les visions politiques du déconfinement diffèrent sur comment concilier le social et l’économique:

  • Les partis de gauche estiment que la protection des employés est la seule variable à prendre en compte. Ils appellent à un financement public sans limite.
  • Les partis de droite appellent à équilibrer la protection sociale et son coût économique. Ils jugent que pour absorber le coût des plans de soutien sur les budgets, il faut recommencer à créer de la richesse au plus vite.

Ces positions sont paradoxales. La gauche appelle à utiliser davantage les leviers de la finance pour rééquilibrer les déséquilibres. La droite appelle l’économie réelle à redémarrer pour permettre aux dispositifs de soutien actuels de continuer à fonctionner.

Compte tenu des sensibilités politiques majoritaires dans chacun des deux pays, la reprise de l’ensemble du travail Frontalier sera plus précoce qu’en France.

Santé collective vs santé économique

Des pays ont déjà commencé à déconfiner leur population. C’est le cas de l’Autriche, de Tchéquie. En Allemagne, le Land de Bade-Wurtemberg (frontalier avec l’Alsace et la Suisse) a ré-ouvert des magasins le 20 avril.
Ces pays ont conditionné la reprise d’activité avec des règles strictes de protection dans les magasins, un nombre de clients maximum, une distance de sécurité, le nettoyage des terminaux de paiements et pour certains  l’utilisation systématique de masques.

Le véritable enjeu du déconfinement est l’arbitrage entre la santé collective et la santé économique. La Suisse et la France vont répondre différemment à cet arbitrage. La communication du gouvernement français au début de la crise sur la totale inutilité des masques n’est pas bien passée dans la population. Elle oblige maintenant le Président Français à conditionner la reprise à la mise à disposition de masques pour tous. L’heure de vérité sera donc la mise à disposition de protections par l’Etat.

La communication plus mesurée de la Suisse sur le sujet des masques (comme nous l’avons décrit dans notre article The Mask is back ) lui permet de ne pas conditionner le redémarrage à la mise à disposition d’un masque pour tous.

En plus d’arbitrer entre santé collective et santé économique, chaque pays doit surtout veiller à maintenir une réelle cohérence de ses messages politiques.

Protection du travail par les entreprises

L’obligation légale pour l’employeur de protéger ses salariés, avant, pendant et après la crise du coronavirus conditionne la reprise d’activité dans un strict respect du droit du travail.

En Suisse, cette démarche a été initiée très tôt après le début du confinement, lorsqu’il a été décidé que les employés particulièrement vulnérables, atteints de maladies chroniques respiratoires, cardio-vasculaires, hypertension…, ne devaient plus être systématiquement maintenus à leur domicile. Si l’activité de leur entreprise est autorisée, ils doivent revenir travailler à la condition que l’entreprise ait sécurisé leur lieu et poste de travail.
Cette précaution sera généralisée lors du déconfinement.

En France, on peut imaginer que les syndicats vont activement exercer le “droit de retrait”. Ce droit permet à des employés de refuser d’occuper leur poste, s’ils jugent que leur travail présente un risque avéré.
Le 15 avril, ce droit a ainsi permis au syndicat Sud d’obtenir une ordonnance du tribunal qui restreint l’activité d’Amazon à la vente de produits essentiels. Amazon a répliqué en décidant de fermer ses entrepôts 5 jours. C’est le temps nécessaire à un jugement favorable en appel ou à une clarification de la définition des produits essentiels. A défaut, on assisterait à une fermeture pour une période indéterminée.

De toute évidence, la tension sociale n’est pas identique de chaque côté de la frontière.

Aux déconfinement par vagues … une reprise par vagues

La crainte d’une deuxième vague de pandémie amène les autorités Suisses et Françaises à concevoir un déconfinement par vagues.
Les incertitudes économiques et les contraintes spécifiques à chaque activité vont amener les entreprises à faire preuve de créativité pour la reprise. Des entreprises vont devoir profondément modifier leur organisation.

Au début du confinement on avait vu des entreprises mettre en place des rotations généralisées de télétravail et de présence sur site, un jour sur deux avec l’alternance de la moitié de l’effectif. Cet exemple illustre que le Frontalier peut s’attendre à toutes les complexités dans l’organisation de son futur travail. Aujourd’hui, c’est au départements de chaque entreprise de concevoir les meilleurs plans de reprise.

Ce type de “relance par vague” dans les entreprises va complexifier l’organisation familiale des frontaliers.

Le déconfinement, disponibilité des masques, de tests

En Suisse, le retour au travail n’est pas conditionné par une mesure particulière comme un test ou un masque. L’absence d’obligation des masques est aussi rappelée par le conseiller fédéral A. Berset. La préconisation des masques dépendra des professions exercées.
C’est donc une protection globale qui conditionne la reprise d’activité. Certaines entreprises ont très tôt imposé un test de dépistage Covid-19, mais il n’y a pas de communication fédérale sur une généralisation des tests.

La France annonce être bientôt en mesure de multiplier le nombre de tests de dépistage PCR et de tests sérologiques, et aussi de fournir à toute la population des masques (et peut-être d’imposer leur port hors du domicile). Cette disponibilité de moyens, promise depuis longtemps déjà, est présentée en France comme la clé primordiale de la réussite du déconfinement.

L’approche suisse du déconfinement est décorrélée des moyens à disposition.
L’approche française de déconfinement est conditionnée par les moyens à disposition.

Le déconfinement et les douanes

De chaque côté de la frontière, les contrôles aux frontières entre la France et la Suisse vont rester stricts. Au début de la deuxième semaine d’avril, quand des entreprises suisses ont recommencé leur activité les files d’attente de voitures frontalières se sont allongées.

Les premières mesures de déconfinement n’étaient pas censées changer le nombre de passage de douane ouverts. Néanmoins, dés lundi 20 avril des postes de douanes suisse ont été réouverts à Genève (Mategnin, Soral II, Landecy, Monniaz et Veigy).

Espérons que cette mesure va s’étendre et bien sur fluidifier le trafic.

Pour suivre les réouvertures des postes de douanes, notre article Coronavirus : Aller travailler en Suisse permet d’accéder au site interactif des douanes. 

Le déconfinement et l’école

La France s’oriente vers un déconfinement qui commence par l’école des plus petits pour faciliter la reprise du travail des parents. Les syndicats d’enseignants pourront appliquer leur “droit de retrait”. Cela retarderait encore le redémarrage des écoles. Cette reprise devrait être échelonnée, par groupes dans une même école et par régions selon une organisation qui sera précisée fin avril. Comme le redémarrage de nombreuses activités en Suisse est prévu avant la réouverture des écoles en France, les frontaliers parents de jeunes enfants ne pourront pas bénéficier de cet accompagnement.
Ces frontaliers vont être dans des situations aussi compliquées que les actuels frontaliers “héros du quotidien” qui ont traversé tous les jours la frontière au plus fort de la crise.

Le déconfinement par tranche d’âge

La France a commencé par mentionner que des populations pourraient être ciblées par des restrictions supplémentaires en fonction de l’âge. Le gouvernement semble avoir maintenant abandonné l’idée.
Si la possibilité légale de ce type de restrictions est possible, reste que le critère d’âge aurait un impact significatif pour des frontaliers de plus de 60 ans. L’âge de la retraite étant plus élevé en Suisse qu’en France, une contrainte sur l’âge pourrait empêcher des frontaliers de se rendre sur leur lieu de travail.

Les tests et la quarantaine

La systématisation des tests de dépistage du Covid-19 promis par la France, va augmenter la détection du nombre de cas asymptomatiques, et amener logiquement leur entourage à être placés en quarantaine.
Dans une famille de frontalier, cela empêchera le frontalier de se rendre à son travail même s’il n’est pas malade. C’est le cas rapporté par un ancien frontalier en permis B, récemment séparé mais obligé de revenir chaque jour s’occuper de sa famille en quarantaine (à cause des symptômes de sa fille), et maintenant obligé de changer temporairement de permis. Il repassera en permis G pour repasser en permis B après la crise Covid-19.

L’exemple du Super Frontalier

Dans notre article “Coronavirus : Le Super Frontalier face à la double peine”, nous avons souligné comment l’abnégation du “Super Frontalier” a permis au secteur médical de tenir. Comment la contribution des frontaliers au travail de proximité a permis aux chaînes de distribution, aux cantons de continuer à fonctionner. Ces frontaliers se sont organisés pour faire face dans un confinement strict, leur agilité sera un exemple lors du déconfinement et de la reprise d’activité.

Notre dossier: les frontaliers et la crise du coronavirus:

Coronavirus, Super Frontalier et double peine

Coronavirus – aller travailler en Suisse

Covid-19: chômage partiel et RHT

Coronavirus, the Mask should be back!

Taux change euro/franc suisse à l’heure du Covid-19

J’ai fait le test de dépistage du COVID-19