Le Stick’Air à Genève, nous l’avons testé pour vous!

Le Stick’Air à Genève, nous l’avons testé pour vous!

Le Stick'Air, un air de changement ?

En 2020 des vignettes de couleur appelés Stick’Air égaillent des pare-brises à Genève. Détaillons ici leur réglementation et leur utilisation. Pics de pollution, catégories de voiture… nous avons testé le Stick’Air pour vous.

Nous l’avions abordée dans notre précédent article 7 enjeux et résolutions des Frontaliers pour 2020, c‘est que la vignette Stick’Air n’est pas anodine. Elle crispe, avec ses contraintes sur la circulation des autos, la question du renouvellement du parc automobile et l’importation de réglementations européennes. Car le macaron Stick’Air est un copié collé de la vignettes Crit’Air utilisée dans certaines communes de France et bientôt dans la Vallée de l’Arve. 

Avec un Président de l’exécutif cantonal membre du parti vert, cette nouvelle réglementation a été mise en place sans attendre une décision de la Confédération. Le canton de Genève a pris les devants.  Or, en raison du nombre de pics de pollution en baisse et de ses modalités d’application, cette mise en place peut-être questionnée, voire retardée… Elle apporte surtout de l’expérience sur les mesures favorables au climat et sur la démarche d’amélioration continue nécessaire à leur succès.

Sommaire : 

Le Stick’Air contre la pollution de l’air

Stick’Air, Crit’Air, Green-zone… ces noms ne sont ni les derniers modèles d’une célèbre basket à virgule pour courir vite devant le réchauffement climatique, ni une marque de déodorant contre les émanations de pots d’échappements, ni une zone de combat d’un jeu vidéo … c’est peut être un peu tout cela !
Ces termes témoignent d’une actualité écologique mouvementée. Pour tout citoyen Genevois ou Frontalier, il est nécessaire de les maîtriser.

Pas de panique, nous allons décrypter cela ensemble avec en prime un lexique* explicatif à la fin de l’article qui vous permettra de briller en société.

Le 15 janvier 2020 est entré en vigueur le Règlement cantonal sur la gestion des épisodes de pics de pollution de l’air.
Dans le cadre de cette mesure, qui lutte contre la hausse de pollution de l’air genevois, le canton met en place la circulation différenciée en cas de smog*.
Durant le pic, de 6h à 22h, seuls les véhicules motorisés munis d’un macaron Stick’Air autorisé  peuvent circuler dans le certaines zones du canton. Durant cette période, les transports publics du canton sont gratuits.

À quoi ressemble cette vignette ?

Elle n’a rien des macarons des pâtissiers Pierre Hermé ou Ladurée, si ce n’est les tons de couleurs.

Le macaron Stick’Air classe les véhicules en 6 catégories (avec couleurs et numéros), du moins polluant au plus polluant.

Le panneau genevois annonce la catégorie de véhicules qui a le droit de circuler lors de pic de pollution

Comment savoir si votre véhicule est concerné ?
Le site cantonal donne déjà des renseignements sur l’obtention et l’achat de ce macaron, ainsi que la détermination de la catégorie de véhicule concernée.

À noter que tous les véhicules de particuliers qui circulent dans le périmètre défini* lors du pic de pollution sont concernés par la circulation différenciée. Qu’ils soient immatriculés dans le canton, en suisse ou à l’étranger. Les véhicules de transport de choses ne sont pas encore concernés alors que les deux roues sont concernées par le macaron Stick’Air.

Nous avons testé pour vous : Le Stick’Air en 5 étapes

1- Déterminer la catégorie Stick’Air de son véhicule

Nous déterminons la catégorie de Stick’Air de notre véhicule en 3 clics par ce lien :

  • type de carburant
  • type de véhicule
  • code émissions du véhicule ou norme euro pour les véhicules étrangers

2- Télécharger le Pdf du macaron Stick’Air

En un instant, nous téléchargeons un fichier PDF qui indique notre macaron.

Nous avons testé pour vous : le Stick’Air

(Ici, pour un véhicule utilitaire léger circulant à essence et avec une norme européenne 2, nous obtenons le Stick’Air 3 couleur orange)

3- Acheter le macaron

Le macaron est disponible auprès du service cantonal des autos, auprès de votre concessionnaire automobile, de stations service …

4- Coller le macaron

Comme la vignette d’autoroute, le macaron qui n’est pas collé sur le pare-brise (ou ailleurs dans le cas d’un deux roues) n’est pas valable.

5- Rester en veille quand le dispositif s’enclenche

Maintenant que votre Slick’Air est en place, il vous faut suivre les alertes de pollution de l’air à Genève.  Le plus simple est de s’inscrire pour recevoir une alerte email émis par le site cantonal. Si la catégorie de votre macaron ne vous permet pas de toujours circuler soyez attentif au panneau de signalisation positionné à l’entrée de la zone concernée (voir la photo ci-dessus).

Un macaron sans amende…

Un recours du TCS (Touring Club Suisse) auprès de la Chambre constitutionnelle de la Cour de justice a suspendu les amendes (de 500 francs en moyenne), pour les usagers qui ne respectent pas la circulation différenciée, au moins jusqu’au 31 mars 2020.

Peine pour les 80’000 usagers qui se sont déjà équipé de ces vignettes à 5 francs pièce, et chance pour le reste d’entre eux de s’en munir d’ici là. Le but de cette suspension temporaire, explique François Membrez (président du TCS genevois) est d’éviter l’engorgement inutile du système pénal et la pagaille administrative.
Selon lui, ce dispositif antipollution est “inefficace, bureaucratique et incontrôlable”. Il récapitule trois arguments : 

  • seule la Confédération a le pouvoir de délimiter une zone environnementale, pourquoi alors se limiter au canton de Genève ?
  • les employés des stations service ne sont pas habilités à contrôler la conformité des véhicules
  • le dispositif de circulation alternée est plus efficace, simple (les plaques paires circulent le jour pair…) et s’applique a davantage de véhicules 

Le TCS se dit prêt à aller jusqu’au Tribunal fédéral pour s’opposer à cette réforme. Il est appuyé par l’ASTAG – l’Association Suisse des Transports Routiers…

Des dispositifs de contrôle ont néanmoins été mis en place dans les rues de Genève en début de l’année 2020. La première semaine de mise en oeuvre, aucun effet notable n’a été observé sur la circulation, cette mesure ne touchant que 11% du parc automobile genevois.

La lointaine origine bernoise du macaron Stick’Air

Ce projet de macaron écologique a une origine qui remonte à 2009. Elle n’est pas genevoise mais vient de Berne. Le Conseil Fédéral avait pris en compte cette année là un postulat de l’écologiste bernoise Franziska Teuscher. Elle demandait de créer une base légale fédérale pour permettre aux cantons de mettre en place des zones environnementales. Cette demande émanait de plusieurs cantons (dont Genève, le Tessin, Berne et Bâle-Ville) qui souhaitaient interdire l’accès à certains secteurs de leurs cantons aux véhicules les plus polluants.

Le Conseil Fédéral temporise

Le Conseil Fédéral répondit qu’il faudrait au préalable légiférer au niveau fédéral. Une consultation a bien eu lieu mais n’a débouché sur aucun résultat. Les arguments invoqués étaient : l’absence de besoin, la charge administrative, l’efficacité de la mesure etc… la base légale fédérale n’a pas été créée. 

Une décennie plus tard, en 2020, la Confédération n’a toujours pas pris position sur ce sujet. Mais comme les questions climatiques suscitent davantage d’intérêt qu’en 2010, les choses pourraient changer. D’autant plus que la nouvelle composition du parlement fédéral avec davantage d’élus écologistes pourrait accélérer la création de la base légale fédérale demandée 10 ans plus tôt…

L’expérience française

Entre-temps, en France, quelques communes ont mis en oeuvre deux interdictions de circulation pour les véhicules polluants. La Zone de circulation réglementée (ZCR) interdit purement et simplement l’accès à des véhicules estimés polluants.  La Zone de protection de l’air (ZPA) en interdit l’accès lorsqu’un seuil de pollution est atteint. Près de la frontière suisse, les villes de Lyon,  Chambery, Annecy se sont dotées du dispositif ZPA et de la pastille Crit’Air. Bientôt suivies par la Vallée de l’Arve.

La mairie écologiste de Grenoble est allé plus loin, comme Paris, il a cumulé  la ZPA et la ZCR. La ZCR s’apparente à un bannissement de certains véhicules du centre ville. Des propriétaires sont donc dans l’obligation de remplacer leur véhicule pour circuler dans ces périmètres limités.

La duplication genevoise

Côté Genevois, la pastille Stick’Air apparaît sur les pare-brises du Canton sous la présidence d’Antonio Hodgers. Cet élu Vert à mi-mandat a été propulsé président du conseil d’Etat du canton de Genève suite au voyage de trop en avion à Dubai du précédent président Pierre Maudet. Mais que l’on se rassure ou que l’on s’en inquiète, ce n’est pas parce que l’avion a été choisi comme moyen de transport que le président a été remplacé … La mesure reproduit la pastille française Crit’Air et l’applique à Genève en l’appelant Stick’Air.

Cette mesure va dans le sens des dernières votations qui ont vu le climat devenir un sujet fortement mobilisateur. Cette mesure est néanmoins critiquée. Aux critiques du TCS, s’ajoutent ceux qui considèrent que la France voisine n’est par un exemple à suivre …

Pour ce qui est des critiques du TCS, l’élu réplique que  «Pour la vignette, nous avons obtenu le feu vert du Département fédéral de l’environnement et des transports».

L’ effet frontalier

Pour ce qui est des critiques sur la transposition de réglementations françaises dans le territoire Genevois, deux députés de Haute Savoie demandent à Paris de reconnaître la vignette Stick’Air de Genève. En effet, comme Genève reconnait la vignette Crit’Air française sur son sol, la réciproque devrait être possible.

Leur démarche louable et néanmoins politiquement risquée. En effet, le centralisme parisien ne nous a pas habitués à répondre rapidement aux demandes de la province, qui plus est quand elles impliquent un “petit” pays comme la Suisse qui, dernièrement, a souvent été vu avec condescendance à Paris. Il serait dommage que la mise en place de cette réciprocité traîne. Cela pourrait créer des couacs et dissonances dans l’ode au Grand Genève transfrontalier en cours depuis l’inauguration du CEVA-Léman Express …

Quelles mesures ?

Pour ceux qui ne savent pas quand sortir leur Stick de saison, nous avons vu que le site de la ville de Genève a mis en place un service d’email d’alerte. Il affiche aussi l’historique de la qualité de l’air.

La Stick’Air donne le droit de circuler à certains véhicules quand un seuil critique est dépassé par les composants suivants :  particules fines (PMPO), Ozone (03) et dioxyde d’Azote (NO2).

Voyons rapidement l’évolution de la qualité de l’air des 20 dernières années.

 

Ozone : nombre de dépassements de la valeur limite horaire (120µg/m3) pour les 20 dernières années

L’évolution des concentration d’ozone est étroitement liée aux périodes chaudes et ensoleillées. Les valeurs enregistrées en 2018 sont similaires à celles des canicules de 2003 et 2015. Il y a eu de nombreux dépassements de la valeur limite fixée dans l’Ordonnance sur la protection de l’air (120 μg/m3).

Evolution des moyennes annuelles du NO2 pour les 20 dernières années

La moyenne annuelle de dioxyde d’Azote (N03) diminue aussi. Néanmoins, en milieu urbain, la moyenne annuelle dépasse encore la valeur limite fixée dans l’Ordonnance sur la protection de l’air (30 μg/m3), .

Evolution des moyennes annuelles de PM10 pour les 20 dernières années

En 2018, les moyennes annuelles de PM10* sont restées inférieures à la valeur limite fixée dans l’Ordonnance sur la protection de l’air (20 μg/m3) dans toutes les zones. Notons que depuis le début des mesures PM10 en 1998, les valeurs n’ont jamais été aussi faibles !

Avec les tendances à la baisse de la présence de deux de ces trois polluants, se pose la question de la pertinence du Stick’Air dans le canton.

Une efficacité qui s’améliorera ? 

Au delà des questions qui se posent :

  • Le canton de Genève a-t-il eu raison de faire “cavalier seul” avec cette réforme du Stick’Air ?
  • Genève, moins polluée que la Vallée de l’Arve, est elle à protéger ?
  • Antonio Hodgers s’est-il avancé un peu précipitamment ?
  • Le Frontalier n’a t’il pas intérêt à s’équiper de la vignette française Crit’Air valable en France et à Genève plutôt que Stick’Air ? 

Le débat sur l’écologie et le climat est jugée urgent par de plus en plus d’électeurs. Dans une démocratie le souverain c’est l’électeur. Plutôt que de débattre sur l’utilité de la mesure, ne conviendrait il pas de plutôt se mobiliser à améliorer cette mesure, l’ajuster, la rendre plus efficace ? 

Les démarches écologiques sont par définition innovantes. Pour qu’elles soient une réussite les initiateurs, les acteurs politiques et les citoyens doivent intégrer que l’on fait rarement juste du premier coup, qu’il faut faire preuve d’humilité, apprendre en avançant, écouter les critiques pour les améliorer.  Et surtout … agir !

Et maintenant que vous savez tout sur la pastille Stick’Air, la question à répondre est : Selon vous, comment peut-on améliorer le Stick’Air ?

 

Lexique pour briller dans les discussions mondaines

Smog : de l’anglais smoke, fumée et fog, brouillard, est un nuage de pollution atmosphérique constitué de particules issues de la combustion (centrale au charbon, gaz d’échappement) et d’ozone troposphérique.

Stick’Air (Suisse) : vignette qui classe les véhicules en différentes catégories (du plus polluant au moins polluant) mis en circulation début 2020 pour la gestion des pics de pollution de l’air du canton de Genève.

Crit’Air (France) : vignette qui classe les véhicules en différentes catégories (du plus polluant au moins polluant) obligatoire dans certaines zones en France. Donne certains avantages instaurés par les collectivité dans certaines zones.

Green Zone : zones non construites et non polluées : elles peuvent le rester et se faire déclarer zones non constructibles ou être transformées en zone d’habitation ou de loisirs.

PM10 : particules en suspension dans l’air dont le diamètre est inférieur à 10 micromètres – en anglais particulate matter 10. D’origine naturelle ou dues à l’activité humaine, plus les particules en suspension sont fines, plus elles sont dangereuses pour ceux qui y sont exposés (les particules plus grosses retombent assez vite).

Périmètre défini (à Genève) : périmètre recouvrant tout le centre-ville jusqu’au quartier des Eaux-Vives, Lancy, Carouge, Cologny, et Vernier.

 

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