Augmentation du nombre de frontaliers en Suisse et ralentissement économique

Augmentation du nombre de frontaliers en Suisse et ralentissement économique

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Nombre de frontaliers en Suisse et ralentissement économiqueNombre de frontaliers en Suisse et ralentissement économique

Les lacs, les prairies, les meringues double crème… la Suisse restera-t-elle attractive pour les frontaliers avec les nuages de la récession qui arrivent ? 

Des métiers devraient bien traverser cette période, d’autres moins. C’est ce que nous allons voir.

Sommaire : 

Le nombre de frontaliers en augmentation

Après le recul du nombre de nouveaux frontaliers de 2018, ce nombre a augmenté à la mi 2019. Selon l’Office Fédéral de la Statique, au 2e trimestre 2019, 323’000 frontaliers travaillaient en Suisse (soit 2,4% de plus qu’en 2018), avec une proportion plus élevée dans les cantons de Vaud et de Genève :

  • Vaud-Genève : 121’000
  • Nord-Ouest : 70’000
  • Tessin : 66’000

La moitié des frontaliers enregistrés en Suisse viennent de France (+ 3,2% en un an), un quart d’Italie (+ 3,7% en un an) et un sixième viennent d’Allemagne (recul de 1,1% d’avril à juin 2019). 

Ce recul des frontaliers allemands était interprété par le passé comme un signe de vitalité de l’économie allemande (pourquoi aller chercher du travail en Suisse si il y en a en Allemagne ?), mais cela risque de ne plus être le cas avec la récession allemande qui se profile à l’horizon…

 

Moins de frontaliers à l’avenir ?

Peut-être avez-vous récemment entendu des mots comme récession, guerre commerciale, flambée de l’or…
Essayons de voir derrière ces mots qui peuvent, au premier abord, générer de la crainte en commençant par le recul de l’économie de nos voisins allemands.

Guerre commerciale USA/Chine
Guerre commerciale USA/Chine

 

Un ralentissement mondial, une récession allemande 

Fin juillet 2019, les négociations entre les Etats-Unis et la Chine pour mettre fin à la guerre commerciale n’ont pas abouti. Elles créent des incertitudes qui pénalisent l’économie mondiale. Le ralentissement de la demande mondiale se reflète dans les évolutions du prix des matières premières :

  • Le brent de pétrole chute de 74,5 USD le baril en avril 2019 à 57 USD en août
  • Le minerai de fer passe de 773 USD la tonne à 662 USD

La crainte dans l’avenir se reflète dans les valeurs refuge qui montent :

  • L’once d’or (environ 31 grammes) a atteint le seuil symbolique de 1’500 dollars en été 2019, une première depuis avril 2013
  • Le franc suisse se renforce et se situe autour du cours de 1,10 vis à vis de l’Euro

Les indices manufacturiers plongent partout en Europe 

L’Allemagne, qui est principalement une économie exportatrice, est le pays le plus touché par la réduction des échanges, elle est en récession au 2nd semestre 2019.

Des effets de la récession allemande sur les exportations suisses?

La bonne tenue des secteurs de la chimie et de la pharma qui représentent 45% des exportations suisses maintient le bon niveau des exportations dans cette période difficile.

Ce n’est pas le cas pour le secteur de l’industrie MEM (machines, équipements électriques et métaux), qui représente 30% des exportations. En effet, cette industrie dépend principalement des acheteurs allemands avec 26% de ses produits exportés vers l’Allemagne.

Ce secteur est aussi impacté par la guerre commerciale USA – Chine puisqu’il exporte 13% de sa production vers les Etats-Unis et 6% vers la Chine.

Plus globalement, c’est l’ensemble des industries manufacturières Suisses qui souffrent, le dernier indice PMI des entreprises manufacturières suisses est à son niveau le plus bas depuis 2009. Enfin, force est de constater que malgré des décalages, les PIB suisses et allemands évoluent avec une certaine synchronicité.  

Tableau de variation de PIB Suisse/ Allemagne

PIB Suisse/Allemagne
PIB Suisse/Allemagne

La corrélation entre l’économie allemande et suisse pourrait faire craindre une importation de la récession allemande en suisse et un ralentissement des offres d’emploi aux frontaliers. 

Le pire n’est pas sûr car la récession allemande n’est pas encore ancrée dans le paysage européen.

 

L’activité suisse peut elle rester dynamique? 

La Suisse a un taux de chômage bas (2,1% en juillet sans prendre en compte les frontaliers ni les sans emploi non inscrits) et bénéficie de segments d’industrie à haute valeur ajoutée qui souffrent moins de la concurrence internationale.

En Allemagne, le taux de chômage est au plus bas et les salaires sont en hausse. Ils  devraient contribuer à maintenir la consommation des ménages (qui sera une des clefs de l’évolution économique) ! En effet, si la consommation interne augmente, elle pourrait compenser le ralentissement des exportations.

Cette vision optimiste du FMI prédit une croissance de 0,7% du PIB allemand en 2019 et même de 1,7% en 2020. 

Ces prévisions dépendent du déroulement de la fin du règne d’Angela Merkel et si il s’accompagne d’une relance économique financée par un déficit budgétaire.
Des économistes restent donc positifs !

 

Une certitude : le maintien du Franc Suisse 

Une des causes de l’incertitude actuelle provient du maintien des taux d’intérêts négatifs sur la dette publique. Les spécialistes n’ont pas d’expérience d’une telle situation. Il leur est donc difficile d’identifier vers où ces économies vont s’orienter. 

Ce qui est certain c’est que les taux d’intérêts négatifs, peuvent pousser des pays à activer une relance budgétaire. Mais la situation de la France qui n’arrive pas à sortir de son déficit n’incite pas à y plonger. Tous les pays ne sont pas comme le Canada ou les Pays-Bas qui ont réussi à se “désintoxiquer” du déficit. Le risque c’est qu’après une remontée des taux, la charge de la dette devienne un véritable boulet qui bloque les marges de manœuvre du pays.

Dans cette période d’incertitude … on peut avoir deux certitudes !
Le franc Suisse va rester une valeur refuge et la BNS continuera à intervenir sur le marché des change pour éviter que le cours du franc Suisse ne remonte à un niveau qui pénalise trop les exportations.

Le frontalier en Suisse va donc continuer à bénéficier d’un salaire payé en une monnaie forte.

 

Finalement, comment va évoluer cette croissance des frontaliers suisses?

Les commentateurs et les indicateurs généraux nous alarment au sujet d’une crise mondiale dont les effets commencent à se faire sentir en Suisse.

Cependant, ces analyses sont à nuancer.

En Suisse, la situation peut s’essouffler pour certains secteurs (industrie, mécanique) et subir les conséquences des dégâts que subit l’industrie manufacturière en Europe (exportations vers l’Allemagne plus faibles). Mais le secteur pharmaceutique, le secteur de la chimie et le tertiaire prospèrent. Des activités à haute valeur ajoutée comme le medtech semblent encore protégés. 

Ce dynamisme n’est pas cantonné aux grandes entreprises. Une particularité de la Suisse c’est que les PME suisses (moins de 250 employés) contribuent pour près de la moitié des exportations de la Suisse. 

Tous ces secteurs et ces tailles d’entreprises attirent de nouveaux talents du monde entier chaque année. Ils s’installent comme frontaliers ou comme expatriés résidents.

Dans les années à venir, la Suisse pourrait donc rester attractive pour les frontaliers actifs dans les secteurs dynamiques.  

 

Pour plus d’infos et d’actualités sur le travail en Suisse pour les frontaliers, consultez nos articles :

 

Commentaires

  1. Un tableau très réaliste de la situation , bien vu dans l 'ensemble...sauf pour en ce qui concerne la récession allemande...

    Ce pays , vues ses possibilités ne connaîtra jamais la vraie récession que nous avons en France, sous 4 présidents successifs , maintenant...De nombreux migrants y ont été formés en vue d 'un métier...puisque le problème numéro un de l 'Allemagne est un problème démographique bien connu...

    En France , on semble miser là-dessus.... alors qu 'aucune vraie réforme structurelle n 'a été faite... au niveau français..

    Georges Pompidou avait bien dit : la France c 'est la France et l 'Allemagne c 'est l 'Allemagne....

    La mentalité et surtout tout le circuit de distribution y sont totalement différents.

  2. says:

    Il y a de fausses récessions?

    Structurellement, la pyramide des âges allemandes, couplée à une doctrine protestante de refus de l'emprunt, peut laisser entrevoir la possibilité structurelle d'une recession sur le modèle japonais.

    Je ne dis pas que c'est ce qui se produit, mais que c'est une possibilité et qu'en matière de récession, l'Allemagne n'est pas plus protégée que les autres.

  3. Récession est un mot assez vague... Il y a qui s 'en sont sortis, d'autres pas...

    Le Canada avait un effort très sérieux en 3 ans seulement et ils s 'en sont sortis...
    l 'Allemagne c 'est un pays autrement plus solide et plus fiable que la France avec sa dette abyssale, qui elle joue les grands seigneurs......:slightly_smiling_face:

    Les Français ne se rendent vraiment pas compte de la situation dans laquelle ils sont... L'industrie vient à y disparaitre et les réformes structurelles n'ont toujours pas été mis en oeuvre , alors que Schröder les avait faites il y a 15-20 ans...De rien il n 'y a rien...Non , l 'Allemagne n 'est pas plus protégée , mais plus beaucoup plus efficace ....qu ' une France... qui ne se redressera jamais vraiment....

    La Suisse reste un Eldorado au niveau des salaires, d ' oû l 'augmentation constante des frontaliers...
    Petit pays, elle n 'aura jamais les capacités industrielles d ' une Allemagne... Les industriels suisses peinent à rester concurrenciels au niveau des marchés mondiaux...

    ==> Leurs produits sont très bons... mais restent trop chers... La concurrence est devenue très féroce...
    La Suisse en prendra forcément un coup, c ' est à prévoir....En plus, ses hauts salaires pèsent lourd dans la balance....

    Politiquement un problème, surtout du côté de Genève... Le nombre croissant de frontaliers va encore faire monter les discriminations déjà existantes...