Évolution des salaires en Suisse

Évolution des salaires en Suisse

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Les salaires réels suisses auraient reculé en 2019 (de 0.1% selon Bilan, 0,4% selon l’Union Syndicale Suisse). Alors que le “salaire nominal” est le salaire indiqué en bas de la fiche de paie, le “salaire réel”, lui tient compte de l’inflation. Cet indicateur de pouvoir d’achat est donc globalement resté figé. Cette stabilité du pouvoir d’achat en 2018 est trompeuse.
L’évolution des salaires en Suisse et très disparate. Les salaires évoluent de manière différente selon les types d’employés (en poste, nouvel embauché, frontalier, résident), selon le secteur d’activité et la nature de la contribution à l’entreprise.

Sommaire

    • Salaires et rémunérations en Suisse

      Selon l’OCDE: la tendance des salaires en Suisse est à la modération avec une croissance de l’emploi très modeste. Il convient pourtant de bien distinguer la notion de “salaire” et celle plus large de “rémunération”. La rémunération englobe les commissions, le treizième mois, les bonus … La rémunération permet d’individualiser les gains du travail. La Suisse est très friande de ces “incentives” et de rémunérations variables. La tendance à la modération salariale est donc à relativiser.

      L’évolution du salaire à l’embauche

      Des postes sont supprimés et la moyenne globale des salaires stagne depuis 2010 dans un contexte de :

      • “révolution technologique” et d’automatisation avec une tendance marquée dans les branches à faible valeur ajoutée. Qui n’a pas essayé de payer ses courses aux caisses automatiques?
      • délocalisation dans des pays aux bas salaires (Trafigura en Inde, Cargill en Bulgarie …)
      • concurrence internationale, les entreprises recrutent aujourd’hui “en ligne”, l’unique barrière aux embauches est souvent le fameux permis de travail Suisse… ce n’est pas un obstacle infranchissable avec les accords de libre circulation avec l’Union Européenne.

      Les syndicats voient dans ces changements les effets d’un dumping salarial des employeurs. Les travailleurs arrivés de l’étranger abaisserait les salaires. Cette vision traditionnelle peut être justifiée pour les postes à faible qualification. La pertinence de cette analyse est moins avérée lorsque l’on prend en compte deux tendances actuelles en Suisse. La tendance aux délocalisations d’emplois généralistes et la demande soutenue pour les postes à haut niveau de technicité particulièrement bien rémunérés.

      A la décharge des syndicats, l’argument de maintien de salaire élevé a une faible résonance lorsqu’une délocalisation est en cours. De plus, l’afflux d’experts se passe hors du “radar” syndical. Les professions concernées sont très peu syndiquées (informatique, biotech, multinationales etc).

      Le maintien du salaire lors d’une reprise d’activité

      Nombreux sont ceux qui espèrent retrouver leur niveau de salaire après une période d’inactivité, de chômage ou suite à un changement de poste. Ils pensent pouvoir faire valoir leur expérience acquise pour bénéficier d’une augmentation de salaire.

      A moins d’avoir acquis des compétences très spécifiques, c’est malheureusement souvent un mauvais pronostic car les grilles de salaire évoluent. Des postes bien payés hier, le sont moins aujourd’hui, et des postes qui n’existaient pas hier sont très bien payés aujourd’hui.

      Le salaire d’un nouveau frontalier

      La différence de salaire entre la Suisse et la France est l’occasion d’une augmentation de salaire pour le nouveau frontalier qui va travailler en Suisse. Le résultat de la négociation salariale dépend de ses qualifications et de son domicile. Selon le secteur économique, il convient donc de ne pas se tromper quand on est qualifié et que l’on candidate pour un poste. Dans certains cas, si l’on se présente comme un futur travailleur frontalier Suisse, qui a décidé définitivement de se domicilier en France, il y a un risque de se voir attribuer une grille de salaire inférieure.

      Au cours des premiers entretiens pour un poste fixe, il peut être préférable de laisser la porte ouverte à une installation de votre domicile en Suisse.

      Des entreprises peuvent estimer que les dépenses d’un frontalier seront moindres que celles d’un résident (particulièrement en terme de logement et de nourriture). Elles peuvent aussi souhaiter imputer sur votre salaire les coûts des démarches administratives spécifiques à un travailleur frontaliers (permis G, gestion de l’impôt à la source). Cependant si votre fonction est en pénurie de main d’œuvre, la différence de traitement entre le résident et le frontalier peut très bien s’estomper, voire même totalement disparaître.

      Notez enfin que des postes dans le secteur de la Banque sont interdits aux Frontaliers.

      Cas spécifique des informaticiens frontaliers

      Le cas des informaticiens en Suisse est paradoxal. Alors qu’il n’y a pas assez de résidents formés à l’informatique en Suisse, le marché évolue dans deux directions opposées: certains salaires sont à la hausse, d’autres à la baisse!

      Les postes de spécialistes dans des technologies très demandées sont biens rémunérés, qu’ils soient résidents ou frontaliers. Il n’y a pas de différence de traitement entre ces résidences.

      Les postes d’informaticiens généralistes sont en concurrence avec des informaticiens “nearshore” (Europe de l’est, Portugal…) ou “offshore” (Inde …). Les sociétés de service doivent réduire le coût de leur offre informatique de proximité. A défaut, leurs clients suisses délocalisent, et ils choisissent alors des solutions “nearshore” ou “offshore”.

      Face à ce risque de délocalisation, les sociétés de services informatiques tentent donc tout pour réduire leurs prix. Elles proposent donc des salaires plus bas pour les frontaliers informaticiens généralistes, que pour les résidents. Si vous êtes informaticien généraliste nouveau frontalier, pensez à acquérir rapidement de nouvelles compétences! Cela vous permettra de réduire la pression sur votre salaire de travailleur frontalier, et vous donnera des arguments lors de votre prochaine négociation.

      Augmentation du salaire pour les employés “en poste”

      Les salaires “après engagement” ont globalement tendance à stagner. L’inflation en Suisse est très faible (0,9%), les salaires n’augmentent pas “automatiquement”. C’est à l’employé de se projeter, de faire valoir sa valeur ajoutée et de susciter l’augmentation. Cette affirmation est confirmée par l’Union Syndicale Suisse. En 2018: seulement 0,3% d’augmentation ont été accordés dans le cadre de négociations globales par catégorie, et le double (0,6%) accordé individuellement, principalement pour les hauts revenus.

      Une démarche volontaire du frontalier est bien sûr à encourager parce qu’en matière de salaire, celui qui n’avance pas peut reculer très vite si la conjoncture se retourne. Cela a été le cas lorsque le taux plancher de 1,20 a été abandonné par le Franc Suisse vis à vis de l’Euro.

      Le Franc fort a immédiatement pénalisé les exportations suisses. Des employeurs ont atténué le choc en changeant la devise des contrats de leurs travailleurs frontaliers. Ces derniers reçoivent maintenant leur salaire en Euro. Ils n’ont donc pas bénéficié de l’augmentation du cours du Franc Suisse vis à vis de l’Euro.

       

      Vous êtes “en poste”, quand demander une augmentation de salaire?

      Si votre secteur d’activité est en récession, il est difficile d’espérer une augmentation, essayez plutôt de changer de secteur si c’est possible!

      Si votre secteur d’activité est en expansion, si vos compétences sont rares en Suisse, les voyants sont au vert pour débuter la négociation!

      Si vous avez acquis une expérience recherchée et si vous avez des résultats probants, alors vous vous devez d’engager la négociation!

      Évolution des salaires par branche d’activité

      De profondes mutations sont en cours dans l’économie Suisse. Au delà d’une image globale positive, il y a en Suisse des secteurs qui fonctionnent bien et d’autres qui souffrent. Cela a un impact sur les salaires. Comme on peut s’y attendre, les postes à forte valeur ajoutée, à compétence spécifique sont les mieux lotis. L’ouverture de l’économie Suisse à l’export ouvre des opportunités aux étrangers qualifiés à des postes techniques et des postes de management. Pour réussir, ils devront faire preuve d’efficacité et de pragmatisme. Les secteurs de la mécanique de précision, du luxe, de l’horlogerie et de la finance attirent toujours autant.

      A côté de cela, les postes à faible valeur ajoutée font grise mine: la vente de détail, l’hôtellerie, la restauration, la construction souffrent. L’administration publique est aussi sous pression. Même si les disparités salariales sont grandes entre les cantons, certains avec des fonctionnaires très bien rémunérés, tous voient maintenant leurs grilles de rémunération sous pression.

      On trouve des frontaliers dans chacune de ces natures de postes. Néanmoins, selon les statistiques vaudoises, les frontaliers occupent des postes moins qualifiés que les résidents en Suisse. 4% des frontaliers auraient des postes de cadres et directeurs alors que ces postes représentent 10% de la population résidente. Cette différence statistique est amplifiée par le mouvement constaté ces dernières années de frontaliers qualifiés vers la résidence suisse.

       

      Quelques conseils:

      Mieux vaut être qualifié et résident pour augmenter son pouvoir de négociation.

      Spécialisez vous! Visez les activités de niches, les activités difficiles à délocaliser, identifiez les nouveaux profils demandés.

      Pour les informaticiens, pensez à faire évoluer vos compétences, collectez des connaissances sur l’ensemble de la “stack technique”, sur le machine learning, la cybersécurité, l’automatisation…

      Pour un frontaliers qualifié, s’installer en résident suisse peut être une première étape vers une augmentation de salaire.

       

      Le principe d’égalité salariale en Suisse

      En Suisse, c’est la négociation qui est préférée à l’application de principes intangibles. Bien que les conventions collectives se développent dans tous les secteurs, l’évolution des salaires en Suisse est davantage un acquis individuel que le résultat d’une réglementation.
      Contrairement à la France, il n’y a pas de salaire minimum Légal (sauf dans les cantons de Jura et Neuchâtel).

      De même, il n’existe pas de principe absolu de non discrimination salariale.

      Deux exceptions cependant:

      • L’égalité salariale homme-femme, qui néanmoins n’a pas progressé en 2018.
      • L’égalité salariale entre un Suisse et un citoyen membre de l’Union Européenne selon l’accord ALCP (Accord sur la Libre Circulation des Personnes entre la Suisse et l’Union Européenne).

      Si à poste et à compétence égale, vous vous estimez discriminé et si vous pouvez matériellement le prouver, vous pourrez prétendre au réajustement de votre salaire.
      Pour plus d’informations, contactez l’Office de conciliation cantonale.

      Notez que les différences de salaires entre résidents et frontaliers cités précédemment ne relèvent pas de ces principes. Un frontalier ou un résident peuvent être de nationalité Suisse ou membre de l’Union Européenne. Ce qui est interdit n’est pas qu’un frontalier soit moins bien rémunéré qu’un résident, mais qu’un frontalier de nationalité Suisse soit rémunéré très différemment d’un frontalier citoyen de l’Union Européenne (Idem pour les résidents).

      Les bases de l’augmentation de salaire

      La libre concurrence et la confidentialité sont à la base de l’augmentation du salaire.

      Libre concurrence

      • Votre salaire est principalement déterminé par l’offre et la demande. Si le salaire que l’on vous propose ne vous convient pas malgré vos négociations, s’il respecte d’éventuels minimaux fixés par un accord du secteur et qu’il n’y a pas ostensiblement une des discriminations citées ci-dessus, ce poste n’est pas pour vous ou n’est plus pour vous.

      Confidentialité

      • L’obligation de l’employé en Suisse, c’est la confidentialité.
      • Ne partagez pas votre salaire avec vos collègues. Votre salaire est une information confidentielle qui est exclusivement partagée avec votre employeur. Ne débutez donc pas votre négociation en comparant votre salaire avec celui d’un collègue. Ce serait le mettre en position délicate et mal commencer votre négociation.
      • Dans ce contexte, pour évaluer son salaire, il faut faire appel aux articles, revues et aux sites spécialisés. Pour préparer les arguments de sa négociation, il faut aussi connaître son secteur d’activité, la marche des affaires de l’entreprise et ses perspectives.

      Les sites pour évaluer son salaire

      Vous trouverez ci-dessous des liens vers des sites utiles pour évaluer votre salaire. Selon mon activité: suis-je bien ou pas assez payé, mon salaire est il dans la moyenne?

      Attention néanmoins: ces estimations semblent optimistes pour un nouveau frontalier.

      En effet, en cette période de tension sur les salaires et de mutation, une moyenne de salaires existants est souvent supérieure à un nouveau salaire à l’embauche. Ces estimations se basent sur le personnel en place: elles intègrent donc les effets de l’ancienneté sur les salaires.

      Surtout, ces estimations intègrent les salaires d’avant la généralisation des délocalisations et du renforcement de la concurrence sur les prix des exportations.

      Même si ces sites calculateurs de salaires semblent optimistes, ils sont très utiles pour une première estimation.

      Des outils fédéraux :

      Des outils cantonaux :

      Le paradoxe : bonne conjoncture, salaires figés

      La Confédération est dans un contexte de quasi plein emploi : le taux de chômage est de 2.6% en 2018, le plus bas en dix ans. L’économie suisse est paradoxale: la conjoncture reste bonne mais le pouvoir d’achat global stagne, car si la Suisse est un pays aux salaires élevés, elle connaît aujourd’hui une mutation profonde du marché du travail.

      L’économie Suisse a besoin de nouveaux profils dans des secteurs à forte valeur ajoutée pour de nouvelles activités technologiques (BioTech, MedTech,…), réglementaires (Compliance, Risk…), applicatives (Blockchain, Data Analysis, Machine Learning…). Les postes vacants sont à la hausse et témoignent donc bien d’une pénurie de main d’œuvre.
      Mais, pour les secteurs traditionnels, les politiques salariales ne fléchissent pas. Aux causes décrites précédemment, s’ajoute la tendance à une multiplication de postes de travail précaires. Tout ceci réduit évidement le pouvoir de négociation des candidats ou des employés en poste.

      Dans les secteurs traditionnels, les syndicats peuvent encore contribuer aux négociations de Conventions Collectives de Travail (CCT). Elles permettent de caler une base commune pour l’ensemble des entreprises d’une branche économique, voire de fixer des salaires minimaux de branche. Selon l’USS (l’Union Syndicale Suisse), en 2018, les salaires couverts par une CCT ont augmenté de 0,9% en valeur nominale. Comme l’inflation est de 0,9% par an, l’augmentation réelle est nulle.

      Mais à côté, les secteurs innovants font appels à des salariés qui gèrent leur parcours professionnel de manière individuelle. Pour eux, le support syndical peut sembler moins important que la stratégie individuelle de captation permanente de nouvelles compétences.

      En complément

      Sur les salaires du frontalier notre: guide des salaires du frontalier

      Sur les contrats de travail, nous vous conseillons notre article: Comprendre le contrat de travail en Suisse

      Sur la différence des cotisations sociales en Suisse et en
      France notre article: A quoi correspondent vos cotisations sociales en France et en Suisse?