Guide 2018 des salaires du Frontalier

Guide 2018 des salaires du Frontalier

Guide 2017 des salaires
mise à jour le 14/05/2019/

S’il est bien un sujet central de la vie du Frontalier qui justifie tous ses efforts, c’est évidement celui du salaire.

Travailler en Suisse, c’est parfois sacrifier une partie de sa vie d’avant (sa vie de famille, son temps libre, ses amis).
Comme le dit l’expression populaire, le jeu en vaut-il la chandelle ?

Vous êtes nombreux à vous poser des questions, en particulier les nouveaux ou futurs Frontaliers.
Les différences entre la France et la Suisse sont légion et parfois déroutantes, nous vous proposons donc un petit tour d’horizon.

Sommaire :

 

Le salaire suisse et le travail en Suisse : tour d’horizon

Ce tableau de l’Office Fédéral de la statistique (OFS) a l’avantage de présenter d’un coup d’œil les salaires suisses.
Il donne une vision synthétique du travail en Suisse.

 

source OFS

 

Le salaire minimum en Suisse, une idée qui avance lentement

Tous les français connaissent le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) qui existe en France depuis 1950. Ce salaire minimum est indexé sur l’inflation mais pas sur la croissance économique.

Pouvoir d'achat

Aujourd’hui, environ 11% des salariés français (hors apprentis, stagiaires et intérimaires) sont payés au SMIC. Son instauration devait éliminer les zones de pauvreté…

Au 1er janvier 2019, il s’élève à 1’521,22 € bruts mensuels, soit en moyenne un net mensuel de 1’201 €, puisque le montant perçu varie selon le secteur d’activité et les cotisations sociales afférentes. Force est de constater qu’il ne permet plus de vivre de manière digne dans la France de 2019 (le mouvement des “gilets jaunes” en est une manifestation récente).

En Suisse, il n’existait pas de salaire minimum avant 2017. En effet, en fin d’année 2017, un salaire minimum horaire entrait en vigueur dans les cantons de Neuchâtel et du Jura, une grande première pour la Confédération, malgré différents recours auprès du Tribunal fédéral. Seule une minorité de travailleurs sont en fait concernés. Pour 2019, ce salaire minimum est fixé à 20,02 francs bruts (soit environ 17 €). Toutefois, il peine à être appliqué dans certains secteurs, comme les taxis.

Il existe également des salaires minimaux dans certaines branches d’activité comme dans la construction et l’hôtellerie. Ils sont alors fixés dans le cadre de négociations entre partenaires sociaux par des CCT (Conventions Collectives de Travail)

Le syndicat suisse UNIA met à disposition du Frontalier ou futur Frontalier un site «service-cct.ch» qui permet d’accéder à la convention du secteur d’activité de votre entreprise.

Lire la Convention Collective de votre secteur d’activité (si elle existe), avant de signer votre contrat de travail, est une nécessité si vous voulez savoir où vous mettez les pieds. Dans leur ensemble, les Suisses semblent allergiques à l’idée d’un salaire minimum applicable à tous les secteurs (privé comme public) : ils ont plusieurs fois refusé des votations qui auraient permis son instauration.

 

Des salaires qui n’augmentent plus

Selon l’Office Fédéral de la Statistique (OFS), En 2018, le salaire moyen en Suisse s’élève à environ 4’735 francs, soit 4’025 € (taux de change au 27 mars 2018). A titre de comparaison, d’après les données de l’INSEE, il y aurait une différence de 111% avec le salaire des Français. Le salaire médian (c’est-à-dire la moitié des salariés gagnent moins et l’autre moitié gagne plus) se situe à 6’210 francs mensuels.

Fin 2017, il était prévu que les salaires augmentent de 1,8% l’année suivante. Mais en 2018 c’est un tassement des salaires qui a eu lieu.

Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), les salaires nominaux en 2018 ont finalement enregistré une augmentation de l’ordre de 0,5 %, mais en prenant en compte l’inflation de 0,9%,  les salaires réels ont baissé de 0,4%. L’augmentation des salaire nominaux n’a pas compensé la hausse des prix.

A titre de comparaison, pendant la même période, en 2018, les salaires en France et en Allemagne ont augmenté respectivement à 0,7% et 0,9 %.

Notre autre article détaille les évolutions des salaires en Suisse.

 

Des écarts de salaires selon le canton

Toutefois, les salaires suisses sont soumis à de nombreuses variations en fonction du canton et, bien sûr, du poste occupé et donc des qualifications.

 

salaires par cantons (source OFS)

 

 

Les cantons lémaniques ont un spectre de salaires qui s’approche de celui de la suisse entière.

La situation de Bâle se rapproche de celle de Zurich. Les secteurs pharmaceutique et chimie y sont des locomotives qui tirent la bonne rémunération de l’emploi. Le secteur de la finance fait de même à Zurich.

 

Des écarts de salaires selon le secteur d’activité

En matière de salaire par groupe de professions, les chiffres officiels les plus récents datent de 2016. Ils restent bien utiles pour comparer.

 

 

 

 

Les salaires les plus élevés sont ceux (sans surprise) du secteur banque et assurance, et ceux de certains métiers liés à l’informatique comme les développeurs. Pour ces derniers, maîtriser les technologies « en vogue » et afficher son potentiel à contribuer à l’innovation de l’entreprise est un sésame pour obtenir un meilleur salaire. Notons de grandes disparités de salaire suivant les entreprises pour un même intitulé de poste.

Comparativement, les secteurs dynamiques de la chimie et de la pharmacie, leaders à l’exportation paient aussi très bien leurs salariés et ce, quel que soit le niveau de qualification.

Travailleur
A contrario, les secteurs de la construction, de l’hôtellerie restauration et le commerce de détail proposent les salaires les plus bas.

 

Inégalités des salaires hommes / femmes

Selon le classement du Forum Économique Mondial (données 2019), les écarts de salaires entre les hommes et les femmes en Suisse sont importants. Parmi les 130 pays évalués, la Suisse se place en 10e position, des progrès restent à faire. A titre de comparaison, la France se place à la 12e place et l’Allemagne à la 14e.

Différence de salaire

Ainsi globalement, sur les pays étudiés, le rapport estime que lorsque, à qualification égale, un homme gagne 100 francs, un femme en percevra 60. Au rythme actuel des mesures prises, le rapport prédit qu’il faudra un siècle pour venir à bout de ces inégalités! Equal Measures 2030 a des conclusions similaires et affirme que l’objectif de résorber ces inégalités ne sera pas atteint en 2030.

Les rapports Getting to Equal ou Global Gender Gap Report attirent néanmoins l’attention sur l’imprécision des  études menées sur les différences salariales entre hommes et femmes. Elles ne prennent pas en compte le temps de travail. Or, de nombreuses femmes exercent leur activité à temps partiel, et touchent donc un salaire inférieur à celui des hommes. Ce biais éclaire à la fois une source de l’inégalité (les emplois à temps partiel n’aident pas l’accès à des emplois de qualifications supérieures, tels que les postes de direction ou d’encadrement) et en explique une partie (un temps partiel est moins rémunéré qu’un temps plein).

Pour estimer les inégalités salariales en Suisse, on préfère donc les chiffres de l’OFS (Office Fédéral de la Statistique Suisse). Globalement, toutes qualifications, toutes activités et tous postes confondus, pour un emploi à plein temps, les femmes gagnent 20% de moins que leurs collègues hommes.  La réduction de cette inégalité globale serait bien lente car en 2010 la différence globale de salaire entre les hommes et les femmes était de 23,6%.

Quand on détaille ces inégalités par secteur économique et par niveau de diplômes, la situation apparaît plus nuancée.

La revue Social Change in Switzerland N°18 2019, estime la différence de 4 à 5% pour les jeunes diplômés avant les interruptions de vie professionnelles pour la naissance des enfants.

Dans le secteur de la construction, selon la Société Suisse des Ingénieurs, une architecte de 50 ans aurait en moyenne un salaire inférieur de 13,6% à son homologue masculin.

Dans le secteur de la Banque, en 2019, l’association des employés de Banque estime l’écart à 23,6% avec un écart sur les bonus qui dépasserai 24% pour les cadres et 7,4% pour les collaborateurs. Dans les banques, les montants de bonus des cadres supérieurs est beaucoup plus important que les bonus des cadres moyens. Pour ce revenu très inégalitaire, la différence entre les hommes et les femmes serait largement expliquée par le “plafond de verre” qui freine la progression des femmes dans la hiérarchie des banques.

On voit que du chemin reste à parcourir pour l’égalité salariale homme / femme. En 2019, le Conseil des Etat a finalement accepté un projet de loi pour renforcer l’égalité salariale. La mobilisation s’amplifie sur ce sujet qui est l’une des revendications de la Grève des femmes du 14 juin 2019. Elle était déjà à l’ordre du jour lors de la précédente grève des femmes du 14 juin 1991.

 

Les différences de salaire entre la Suisse et la France

La différence des salaires entre la Suisse et la France a des origines multiples. En première approche, on peut citer la force du Franc Suisse, le niveau des prix en Suisse, les charges et cotisations salariales, la valeur des exportations suisses …
Effectivement, le renforcement du Franc Suisse par rapport à l’Euro avec l’abandon du “taux plancher” en 2015, a représenté une embellie pour les salaires des frontaliers, quand ils sont dépensés en zone Euro.
Dans un environnement au niveau de prix élevé, les employeurs suisses doivent une rémunération aux employés qui soit compatible avec le niveau de prix.
Les charges patronales et salariales sont moins importantes sur les salaires suisses que sur les salaires français. L’employeur suisse a donc davantage de marge pour verser un salaire plus élevé. Du côté du salarié, son salaire net est moins péjoré par des cotisations sociales.
Enfin, dans une économie ouverte comme la Suisse, les marchés d’exportation sont de la première importance. Pour assurer une rémunération du travail élevée, l’employeur doit veiller à la valeur élevée des produits qu’il exporte.

 

Comment préserver un salaire suisse ?

Le frontalier qui travaille en Suisse peut donc bénéficier immédiatement d’un taux de change Euro-Franc suisse favorable, d’une différence de prix entre la France où il vit et la Suisse où il gagne son salaire. Ce sont des avantages opportunistes dont on peut bénéficier à court terme.
Mais le frontalier ne doit pas oublier que pour préserver ce niveau de vie à plus long terme, il est préférable de travailler dans un secteur économique qui ne soit pas pénalisé par des prix de vente élevés et qui soit profitable. Si le frontalier peut choisir entre deux offres d’emploi, autant choisir la fabrication mécanique de précision plus que la tôlerie, le luxe plus que la charcuterie, la pâtisserie plus que la boulangerie industrielle …
Le frontalier doit aussi avoir en tête que de travailler et vivre à cheval sur deux pays implique que son salaire suisse est soumis à des contraintes qui dépassent son employeur et le marché du travail. L’activité économique internationale, les agendas politiques des partis, des syndicats, de la Communauté Européenne, les votations, tout cela influe sur son emploi et son salaire.
Notre article qui décrit les évolutions des salaires suisses précise ces enjeux.

L’écart de salaire Suisse /  France : le niveau de vie

Un coût de la vie plus élevé en Suisse explique une partie de l’écart de salaire Suisse / France . Ce n’est pas la même chose d’acheter un sandwich à Guéret dans la Creuse qu’au bord du lac Léman…
Pour le logement, c’est la même chose que vous résidiez en Suisse (si vous êtes résident) ou dans certaines zones frontalières (dans le cas d’un permis G) avec des prix généralement comparables à ceux de Paris et de sa proche banlieue.
Pour se faire une idée (presque fiable) de cet écart de niveau de vie, considérons l’idée amusante du magazine The Economist en 1986 l’indice Big Mac : comparer le prix du «Big Mac » présent dans 120 pays du monde. Avec une unité monétaire de base (le dollar américain sert de référence). La zone Euro se situe à 0,77 contre 1,36 pour la Suisse…. Accessoirement ce calcul sert aussi à déterminer si la monnaie locale est sur ou sous-évaluée par rapport au dollar.

Plus récemment, une étude a détaillé le coût de la vie en Suisse. Voici une comparaison avec la France pour un couple avec 2 enfants. Les montants sont exprimés en euros pour faciliter la lecture.

FraisSuisseFrance
Frais fixes :
Loyer, impôts, caisse maladie assurances, énergie, téléphone, tv, internet
3'130 € à 4'300 €1'975 €
Alimentation1'050 €883 €
Frais personnels :
Vêtements, loisirs, ...
600 € à 850 €772 €
Autres dépenses :
quote-part dentiste, ou opticien, cadeaux, vacances, épargne ...
510 €398 €

sources Schuldenberatung pour la Suisse et CAF pour la France

 

Des charges salariales moins élevées en Suisse

Les charges salariales sont significativement moins élevées en Suisse. Pour un salaire donné, vous aurez un salaire net (celui que vous touchez en bas de votre fiche de paie) plus élevé qu’en France.
En France, il vous faut déduire environ 23 % le montant du salaire brut pour obtenir une estimation de votre salaire net. Il s’agit d’une approximation. Le chiffre exact de réduction applicable varie en fonction des entreprises.
En Suisse, les charges salariales sont généralement comprises entre 10 et 15% du salaire brut.

Sur le Forum du Frontalier, nous mettons à votre disposition un Wiki
«du salaire brut au salaire net» pour vous aider à comprendre et anticiper les différentes cotisations, en particulier le système des trois Piliers, colonne vertébrale de la Prévoyance (assurance vieillesse, invalidité…)

 

Des cotisations d’assurance maladie absentes de la fiche de salaire

Notez bien qu’en Suisse, l’assurance maladie de base et l’assurance complémentaire sont entièrement à votre charge. Si votre entreprise ne contribue pas au paiement de la prime, vos cotisations n’apparaissent pas dans votre fiche de paye. Vous avez le choix entre adhérer au régime suisse (on parle de LAMal frontalier, c’est le régime standard de ceux qui travaillent en Suisse) ou d’adhérer au régime français (on parle de CMU frontalier). Ce choix (on parle de droit d’option) est obligatoire et fondamental. Une fois que vous l’avez fait, vous ne pouvez plus le modifier. Le site Helvicare vous explique en détail comment bien vous assurer et les démarches à faire.

 

Estimer son salaire net

Pour estimer rapidement votre salaire net suisse, nous avons créé un calculateur : saisissez votre salaire brut annuel et votre âge pour avoir une estimation de votre salaire mensuel (lissé sur 12 mois).

 

Evaluer et comparer son salaire

Des outils peuvent vous aider à évaluer si la proposition de salaire qui vous est adressée est pertinente ou si votre salaire actuel correspond à la réalité du marché de l’emploi. Vous pourrez ainsi mieux négocier.

Négociation

Ils reposent tous sur l’enquête de l’OFS menée en 2014 concernant 1,7 million de salaires versés dans 35 000 entreprises. Considérez ces données comme fiables étant donné la faible inflation salariale depuis 2014.
On peut citer :

  • le calculateur Salarium de l’OFS. Il permet de calculer le salaire mensuel brut pour un poste de travail spécifique (canton, secteur d’activité) et pour des caractéristiques individuelles (âge, formation, années de service ou d’expérience)
  • le calculateur de salaire de l’Union Syndicale Suisse. Il calcule le salaire usuel des personnes qui ont les mêmes activités et les mêmes qualifications que vous dans toute la Suisse
    d’autres calculateurs sont spécifiques à un
  • d’autres calculateurs sont spécifiques à un canton : VaudFribourg, Neuchâtel, Genève

Et vous, estimez-vous votre salaire satisfaisant ? Est-il à la hauteur des efforts que vous déployez ?

 

En complément

Sur les salaires notre article:  Évolution des salaires en Suisse

Sur les contrats de travail notre article: Comprendre le contrat de travail en Suisse.

Sur la différence des cotisations sociales en Suisse et en France voir notre article: à quoi correspondent vos cotisations sociales en France et en Suisse ?

Commentaires

  1. merci bien pour toutes ces infos !