EUR / CHF : perspectives 2018 et impacts pour les frontaliers (trimestre 2)

EUR / CHF : perspectives 2018 et impacts pour les frontaliers (trimestre 2)

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Evolution EUR CHF

Depuis notre article du 1er trimestre 2018 sur le taux de change EUR / CHF, le cours du franc suisse a évolué selon un scénario intermédiaire aux deux hypothèses que nous envisagions alors.

Ce scénario a été principalement conditionné par des facteurs macroéconomiques. Mais, fin janvier 2018 et fin avril 2018, des facteurs géopolitiques ont produit deux chocs sur l’évolution de la parité euro / franc suisse. La communication abrupte du Président  Trump  a eu un effet significatif sur les cours de la valeur refuge qu’est le franc suisse.

Reste au frontalier qui est attentif à son pouvoir d’achat, à se familiariser avec les facteurs macroéconomiques et les facteurs géopolitiques qui conditionnent le montant de son salaire suisse changé en euro. C’est ce que nous allons faire ici avec des éléments actualisés pour le 2e trimestre 2018.

Sommaire :

Le franc suisse suit la voie moyenne

Par rapport à l’euro, le franc suisse est d’abord remonté en février dans sa zone de résistance à la hausse des 1.14 / 1.16, avant de reprendre le chemin de la baisse en mars pour finir sa course contre la muraille des 1.20 qui n’a pas pu être franchie en clôture les 19 et 20 avril.

Le 20 avril, pour la première fois depuis le 15 janvier 2015, le franc suisse vient tester le seuil symbolique des 1.20. Un consensus se dégage alors parmi les experts au sujet des perspectives de cours 2018.

Selon les analystes, le cours du CHF devrait dans les prochains mois venir s’installer légèrement au-dessus des 1.20. Au-delà de ce seuil, le franc suisse pourrait poursuivre sa baisse jusqu’à 1.25 au maximum.

A moins que des incertitudes géopolitiques créent un afflux vers le franc suisse.

Les facteurs pour le franchissement des 1.20

La Suisse dispose de fondamentaux économiques et politiques particulièrement stables et solides. Ils justifient le fait que sa monnaie soit devenue une valeur refuge. Son cours monte quand la situation géopolitique se tend. Elle s’apprécie quand l’Europe va mal et elle retrouve une plus juste valeur quand l’Europe va bien.

Depuis plusieurs mois maintenant, nous sommes dans le second scénario. Celui d’une Europe qui va mieux, après avoir résisté à la grise grecque et au Brexit.

L’Europe a une meilleure santé économique :

  • Une croissance Allemande attendue entre 2 et 2.5 % en 2018,
  • En France, selon l’INSEE, le taux de chômage devrait descendre sous la barre des 9 % avec 113’000 créations d’emplois au premier semestre.
  • Un faible taux d’inflation européen à 1.20 % en avril
  • La Commission Européenne prévoit qu’en 2018, aucun pays membre ne devrait avoir de déficit budgétaire supérieur à 3 % de son PIB (ce serait une première depuis la création de l’EU).
  • La BCE (Banque centrale européenne) prévoit de réduire son plan de rachat d’actifs au second semestre 2018.

La hausse des derniers mois du cours de l’euro face au franc suisse reflète ces bonnes perspectives européennes.

Les taux d’intérêt

Cette hausse de l’euro est renforcée par l’action habile de la BNS (Banque Nationale Suisse). Elle économise volontairement ses déclarations et ajuste le rythme de la remontée de ses taux d’intérêt avec celui de la BCE. Tant que la BCE ne relève pas ses taux directeurs de manière effective, la BNS continue à maintenir le franc sous la pression de ses taux négatifs à -0.75 %.

Sur ce sujet des taux d’intérêt, le président de la BCE Mario Draghi est plus loquace, mais il se montre très prudent dans ses déclarations. Il craint qu’une hausse prématurée des taux stoppe l’actuel élan de reprise. Il craint aussi qu’une hausse réduise les marges de manœuvre budgétaires des états européens très endettés. Les économistes prévoient que cette hausse des taux de la BCE interviendra au mieux au cours du deuxième trimestre 2019.

A priori donc, la BNS va poursuivre sa politique de taux négatifs durant encore une année, pour que le franc suisse revienne durablement à une zone non surévaluée par rapport à l’euro. Selon une estimation de juste valeur de taux à 1.20, la zone surévaluée se situerait autour de 1.15.

Les facteurs contre le franchissement des 1.20

Depuis le début de l’année 2018, les économistes ont tendance à reléguer au second plan les risques économiques et politiques susceptibles de maintenir un franc suisse surévalué.

Une déclaration récente, faite au magazine Bilan par Samy Chaar chef économiste chez Lombard Odier, illustre ce sentiment dominant parmi les experts du secteur :

« Les 45 principales économies mondiales sont toutes en phase de croissance avec de bons fondamentaux, pourquoi chercher tout de suite la prochaine crise ? ».

Pour autant, les dangers n’ont pas totalement disparu et le franc suisse, en valeur refuge avérée, pourrait de nouveau voir son cours remonter au gré des tensions économiques et politiques.

Les surprises américaines

Dans ces deux domaines, le comportement peu prévisible de Donald Trump a été deux fois la cause de soubresauts de la monnaie helvétique.

En effet, ses dernières décisions en date seraient de nature à entretenir la force du franc suisse et à retarder son retour sous les 1.20 :

  • Sur le plan économique, les USA sont le premier partenaire de l’Europe. Si une guerre commerciale s’enclenche entre les deux blocs ou entre la Chine et les USA, l’Union Européenne et sa monnaie unique souffriront des mesures protectionnistes prises par les USA.
  • Sur le plan géopolitique, au Proche-Orient notamment, il est encore impossible de mesurer l’ampleur des effets du retrait des USA de l’accord sur le nucléaire iranien. Mais, la veille de l’annonce de cette décision, le CHF s’est ressaisi face à l’euro.

Enfin, en 2018, le président américain pourrait ne pas être le seul à jouer les trouble-fêtes. Au sein même de l’Europe, l’Italie montre certains signes inquiétants.

Le cocktail italien

Il a fallu plus de deux mois après les élections italiennes pour qu’un accord de gouvernement se précise, puis s’évanouisse et finalement … aboutisse. Les partis vainqueurs : Mouvement 5 étoiles (32 % des voix) et la Ligue (17 % des voix) sont ouvertement « antisystèmes ».

Si l’on ajoute à cela un endettement record à 132 % du PIB, un système bancaire convalescent, une volonté affichée de relance économique financée par les fonds publics, tous les ingrédients pour créer un cocktail détonnant sont là.

D’autant plus, si les responsables politiques locaux se montrent défiants envers Bruxelles.

Point de vue technique sur l’évolution du franc suisse

évolution du franc suisse

Entre le 8 et le 28 février, le cours de l’euro a rebondi 4 fois sur le bas de son canal haussier à long terme, signe que sa tendance haussière est forte en direction des 1.20.

À partir de là, l’euro a pris appui sur sa MM20 pour venir tester simultanément deux résistances majeures les 19 et 20 avril :

  • La résistance verticale des 1.20
  • Le haut de son canal haussier à long terme

Le 8 mai, l’attente de la décision des États-Unis sur le nucléaire iranien a provoqué une brève baisse jusqu’à un support intermédiaire qui a résisté, le cours est resté au-dessus de la MM50 puis la hausse a repris vers les niveaux précédents.

Dans les semaines à venir

Dans les semaines à venir, l’euro devrait multiplier les tentatives pour franchir la résistance des 1.20. Dans ce cas de figure, deux hypothèses sont envisageables :

  • L’euro peut venir se coller sous le mur des 1.20 en restant dans un « range » serré de faibles variations jusqu’à 1.18 et attendre une opportunité pour franchir le mur en clôturant au-dessus des 1.20.
  • L’euro peut osciller avec des mouvements plus amples (sans remettre en cause la tendance haussière) en allant chercher un support plus bas 1.16 voire 1.14 à chaque tentative ratée de clôturer au-dessus des 1.20. Dans ce cadre-là, les frontaliers qui connaissent le mécanisme de la vente à terme pourront envisager de signer un contrat à l’occasion d’un de ces replis.

À plus long terme

Dès que l’euro aura réussi à enregistrer un cours de clôture nettement au-dessus de 1.20, l’évolution de son cours devrait s’installer à plus long terme dans la zone des 1.20 à 1.25. L’ancienne résistance des 1.20 deviendrait alors un support majeur à la baisse.

Cette vision technique ne prend pas en compte le risque géopolitique. De multiples foyers de tension sur la planète ou des mouvements de défiance au sein même de l’Europe peuvent à tout moment créer un afflux vers la valeur refuge qu’est le franc suisse. La zone “surévaluée” de 1.20 à 1.15 n’est donc pas une zone interdite !

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Commentaires

  1. Pour le moment le franc suisse remonte, cela est dû à la situation en Italie. Mais que va t'il se passer dans les mois à venir avec les différentes situations mondiales et surtout la décision de la BNS qui ne laisse rien transparaître hormis son fabuleux bénéfice de 7 milliards en 2017 ! J'ai toujours cru que la BNS etait en place pour soutenir le franc suisse et non engrangé de tel bénéficié ! Cette institution pense d'elle a tous les suisses qui on de la peine à vivre et surtout les retraités !

  2. says:

    Bonjour

    Tout d abord, le benefice de la BNS est en tres grande partie redistribué aux Cantons. Ce qui évite d’augmenter les impôts.

    Ensuite, le bénéfice est dû au soutien du franc suisse.

    Le franc est devenu cher car tout le monde en achetait.
    Donc pour l’affaiblir, la BNS en a vendu pour acheter des euros et des dollars.

    Maintenant que le franc est moins fort, la BNS revend une partie de ses euros et dollars pour acheter du chf. Et hop! Benefices.

    7 milliards? Ca montre simplement l’ampleur des interventions de la BNS

  3. Avez-vous des informations au sujet des dates éventuelles des remontées des taux ?

  4. says:

    Cela s’appelle soit
    Mme Irma
    Soit du déli d’initié
    :wink:

  5. L'Italie, avec une économie 8 fois plus lourde que la Grèce, qui fera une politique de relance économique financée par déficit, il y a de quoi plomber l'Euro.

    Si l'incertitude dure jusqu'à la fin du mois, cela pourra faire un bon taux de change pour le salaire du mois de mai des frontaliers.

    Mais aujourd'hui, la BNS a sans doute changé le sens de ses achats, elle doit être en train de racheter de l'Euro à tout va !