En perte de vitesse : l’Europe Boudée

En perte de vitesse : l’Europe Boudée

La Suisse est en pleine campagne électorale fédérale. Comme sa relation à l’Europe est un thème de choix du premier parti de Suisse, l’UDC, il est utile de faire un petit tour de ceux qui boudent l’Europe.

Avec les crises qui s’enchaînent Ukraine, Grèce, migrants … au travers des medias suisses, la réponse de l’Europe ne semble pas à la hauteur. Les situations pourrissent et la critique de l’Europe se transforme en un efficace message politique.

En Suisse, quel effet de la crise d’image de l’Europe sur les élections fédérales d’octobre 2015 ?

Le Britexit

Cet été, en même temps que la possible sortie de la Grèce de l’Europe (Grexit), l’actualité était au Britexit.

La grande victoire du parti conservateur aux élections législatives du 7 mai dernier fut une surprise en Grande Bretagne. Son succès oblige David Cameron à organiser un référendum en 2017 sur le maintien ou non de l’Angleterre au sein de l’Union Européenne.
A l’origine du succès, il y a la position intransigeante au sujet des migrants de Calais et la perspective d’un grappillage d’avantages à une Europe affaiblie.

A la manière de Tatcher, l’Angleterre fait un ultimatum à la commission européenne. Annoncer une sortie potentielle n’est-il pas le meilleur moyen de débuter des négociations fructueuses ?

Malheureusement pour David Cameron, la situation a beaucoup changé depuis l’été. les quelques migrants de Calais ne sont plus qu’une goutte d’eau dans le flot de migrants qui entrent en Europe en septembre. L’Europe de l’automne 2015 apparaît trop affaiblie pour accepter toute concession aux anglais.

Si Britexit, Scotish entrance ?

Le deuxième vainqueur des dernières élections c’est le parti national écossais.
Si le Britexit l’emporte au référendum de 2017, L’Ecosse serait en droit constitutionnel de réclamer un nouveau référendum sur son indépendance. Avec la position plutôt pro-européenne du parti national écossais, on pourrait alors s’attendre à une demande d’entrée de l’Ecosse dans l’Europe.

Dans ce cas, la situation serait paradoxale : l’Angleterre sort et l’Ecosse entre !

Un mouvement d’euro sceptiques

L’entrée hypothétique de l’Ecosse ne doit pas cacher que l’Europe accumule la défiance : l’Islande à décidé de retirer sa candidature, le peuple Suisse a voté contre la libre circulation en février 2014. La gestion des dernières crises par l’Europe déçoit encore davantage.

Au sein du parlement européen un nouveau groupe a été constitué par des personnalités en opposition avec les décisions européennes. Le groupe “ Europe des nations et des libertés “ réunit 38 députés européens ( Italie, Autriche, Pays Bas, Pologne, Belgique, Royaume Uni ).
Sur les 751 eurodéputés, ce groupe est un poids plume, mais la crise des migrants lui donne l’opportunité de faire entendre sa voix !

La crise des migrants

Cette crise pourrait être l’échec de trop de Bruxelles.
En quelques semaines, on a été témoin des voltes faces de la France et de l’Allemagne, deux pays fondateurs de l’Europe :

  • Empressement à l’ouverture des frontières suite à la publication d’une photo émouvante d’un enfant échoué sur la plage.
  • Accueil populaire enthousiaste dans une Allemagne en besoin de main d’oeuvre.
  • Gel de la libre circulation Schengen quand l’appel d’air produit a été hors de contrôle.

On a noté aussi le manque de respect envers les petits pays :

  • Diabolisation de la Hongrie, petit pays qui avait pris les devants de l’arrivée des migrants et qui a maintenu son cap avec la construction d’un mur.
  • Pression sur les autres petits pays pour les amener à signer les quotas d’accueil.

De profonds déphasages européens

Les déphasages européens ne proviennent pas seulement des erreurs des dirigeants.
Ils sont l’effet de profonds déphasages dans les économies, les sociétés et les messages politiques.

Déphasage économique et sociétal

L’Allemagne peut mobiliser des milliards d’Euros pour une politique d’accueil, la France semble ne plus en avoir les moyens. Le marché de l’emploi est bloqué en France. En Allemagne, il est dynamique.

Il y a plus d’un siècle, le sociologue Max Weber notait que le son du clocher avait contribué à l’organisation du travail (rythmant les allers et venues dans les champs). Ces éléments structurants de la société perdent leur force quand il y a moins de travail et moins de références communes. Les limites à poser pour coexister se fêlent.  Comme la tendance de nos économies c’est de moins en moins de travail, il est urgent d’innover sur ces questions.  Malheureusement, le débat politique évite ce sujet central.

Déphasage politique

En Allemagne, la population reçoit un double message : “L’Allemagne peut aider les migrants parcequ’elle a du travail” et “le travail permet l’intégration”.
En France, la population reçoit le message : “La France accueille les migrants pour des raisons humanitaires”.

Pas facile de susciter l’enthousiasme quand dans la même semaine, la difficulté d’intégration en France fait la une des journaux avec deux blocages d’autoroutes et des destructions issus d’une précédente vague de migrants des Balkans.

Quels effets pour les élections fédérales en Suisse ?

Avec le retour de contrôles aux frontières entre les pays européens, c’est la fin du Schengen d’origine. Si Schengen peut-être modulé, c’est un argument pour les négociateurs suisses de l’après “initiative du 9 février 2014”. Un Schengen modulé permettrai la poursuite de la voie bilatérale.

Ces derniers bouleversement apportent de l’eau au moulin de l’UDC qui a toujours clamé qu’une application restrictive de l’initiative est possible tout en évitant les foudres européennes.
Tout cela pourrait contribuer à un bon score de l’UDC que l’on prévoyait en perte de vitesse par rapport au PLR. Un deuxième conseiller fédéral UDC semble se profiler.

Quels effets pour les frontaliers ?

On a vu l’effet des amalgames de quotas dans un article précédent.

On a trouvé que des messages en provenance de l’Allemagne pouvaient être positifs si on les transposait à la Suisse :

  • Faire le lien entre l’essor économique et la sollicitation de main d’oeuvre étrangère formée c’est pro-frontalier.
  • Mettre un peu d’ordre aux frontières pour préserver une liberté sur marché du travail, c’est un bon dosage pour les frontaliers.

Mais à entendre les discours politiques de ces dernières semaines, le retour des quotas sur les permis de travail frontaliers pour l’ensemble des ressortissants CEE  se confirmerai avec un effet négatif pour les employés frontaliers et pour leurs employeurs.

Réponse après les élections fédérales !

Commentaires

  1. Moi says:

    Quels effets pour les frontaliers ?

    A cette question écrite en caractères gras dans l'article je répondrai par un mot " Röstigraben ". Ce qui peut être vrai autour de l'arc Léman ne l'est pas forcément sur le secteur bâlois.
    Sur BS et BL, les frontaliers n'ont pas peur de la SVP (UDC). Pas de Frontaliers-Bashing.

  2. Je suis d'accord avec vous Alain, les frontaliers qui travaillent en Suisse n'ont pas a avoir peur de l'UDC
    Ils savent néanmoins que d'éventuels quotas sur les permis de travail frontaliers rendraient plus difficile leur accès au marché du travail suisse. Un débat électoral plus précis sur les différents types de quotas aurait pu l'éviter.

  3. Moi says:

    Lorsque j'ai trouvé un emploi en Suisse, les quotas existaient. Le futur employeur devait faire un courrier expliquant qu'il avait recherché le candidat idéal en Suisse mais qu'il ne l'avait pas trouvé. Il devait également communiquer sur le nombre de salariés et son quota d'étrangers. A l'époque, si l'employeur était motivé et fortement intéressé par le candidat, le permis suivait.
    Plus tard l'ouverture totale du robinet n'a pas eu que des bons effets : pour la première fois, certains ont été confrontés à l'arrivée de salariés "pas chers", le dumping salarial venait de toucher la Suisse.