Le frontalier, moteur économique puis moteur électoral ?

Le frontalier, moteur économique puis moteur électoral ?

- dans Travailler en Suisse
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Le frontalier qui contribue au moteur économique des cantons limitrophes, semble y être devenu moteur de la campagne électorale.

Pour les élections d’avril 2015 on a assisté à une utilisation structurée des frontaliers par le MCG et par la Lega Tessinoise.
Elle a commencé par le scandale, a continué par la mise en avant d’une saine gestion et, va probablement se finir avec une bonne récolte de printemps … pour le parti agrarien (UDC).

Pour l’instant, cette démarche électorale semble imparable. Surtout qu’en face, rien ou pas grand chose !

1er temps, le scandale

A Onex (canton de Genève) et à Claro (Tessin), la campagne a été lancée par deux communications controversées.

Coup d’éclat du MCG à Onex

Habitués à voir ce parti briller par ses coups d’éclat, les habitants de la commune d’Onex ont tout de même été surpris lorsqu’ils se réveillèrent un matin de février et trouvèrent leur commune remplie d’affiches du MCG titrées “Commune zéro frontalier”.

Onex est le fief de Eric Stauffer, conseiller administratif de la ville (co-fondateur du MCG)

Pareil au Tessin

Au Tessin, la Lega a  mis le même sujet en avant pour les élections du 19 avril.

En effet, la commune de Claro vend à ses commerçants un autocollant indiquant le pourcentage d’employés tessinois dans le but de les faire figurer en vitrines des commerces.

L’initiative séduit tellement en Suisse italienne que la commission de gestion a souscrit deux rapports favorables à la création d’une marque éthique ou d’une marque d’entreprise locale dans tout le canton, projet soutenu par Henrik Bang (PS) et Marco Chiesa (UDC).

Ensuite, on temporise

Après le scandale vient le temps de la temporisation. C’est ce que fait la 2ème affiche “100% de compétences locales”. Selon Monsieur Stauffer, pour élargir l’auditoire, il fallait maintenant positiver. Le message est atténué.

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On se rapproche de l’élection, c’est la respectabilité des élus qui est mise en avant. Avec l’atout majeur que représente  Mauro Poggia, conseiller aux affaires sociales de l’Etat de Genève, ancien membre du PDC.

2ème temps, la gestion

La répartition des rôles est efficace entre Monsieur Stauffer (le tribun) et Monsieur Poggia, (le notable). Ce dernier est particulièrement efficace pour lisser les propos excessifs du co-fondateur du MCG.
Il est surtout capable de charpenter des arguments qui démentent des critiques adressées au mouvement.

En contradiction avec ses électeurs supposés ?

Avec condescendance, des détracteurs du MCG décrivent ce mouvement comme un porte voix d’aigris face à des frontaliers plus compétitifs sur le marché du travail.
S’y côtoieraient des chômeurs maintenu par le système d’aide sociale et des immigrés de la 2ème génération.

Comme Mauro Poggia vient de dénoncer “Il faut être moins généreux envers ceux qui s’installent à l’aide sociale” et que l’on voit mal un homme politique se couper de son électorat, l’analyse de ses détracteurs est peut être incomplète.

Support des frontaliers contre le passage à la CMU

Le paradoxe ne s’arrête pas là.

Mr Poggia, en tant que conseiller aux affaires sociales de l’Etat de Genève, est bien placé pour aider les frontaliers qui subissent un l’assaut du gouvernement français sur leur assurance santé.

Après la décision du tribunal de Genève d’accepter le retour en LAMal d’une frontalière d’avant 2002 (excusez, … d’une “pendulaire” suisse), il devient un interlocuteur que les Bonnets Rouges Frontaliers ont identifié et envisagent de solliciter.

3ème temps la récolte politique

Au final, le grand gagnant de ce type de campagne qui allie scandale et communication millimétrée cela peut bien être l’UDC, le plus grand parti de Suisse.

On oublie quelques fois que le MCG en est très proche. Il a été créé en 2005 par une scission de l’UDC.
Le groupe parlementaire de conseillers nationaux et conseillers aux Etats de l’UDC inclus les élus de la Lega dei Ticinesi et du MCG.

En face, des réactions trop attendues

Face à ces affichages, les réactions ne semblent pas efficaces.

Des opposants ont compté le nombre de pendulaires et de frontaliers de la commune d’Onex.
Les collègues PS, Verts, PLR à l’exécutif d’Onex ont condamné cette campagne publicitaire.
D’autres ont noté que la photo des jeunes compétences locales  d’Onex avait été achetée sur un site américain…

Toutes des démarches apparaissent contre-productives, comme le rappelle Mr Stauffer “l’important c’est qu’on parle de nous”.

Ces réactions peuvent même être jugées déplacées lorsqu’elles viennent de l’étranger.
Lorsque l’on travaille dans un pays sans en être ressortissant, il n’est pas évident de prendre position contre la plus grande force politique du pays.

Pour ceux qui critiquent ces partis, il est conseillé de lire le point de Chantal Tauxe dans l’Hebdo du 5 mars 2015 sur l’arrivée de Roger Köppel à la tête de l’UDC : ce serait le vide politique en face de ces mouvements qui leur permettrait de prospérer.

Le MCG, capable de compromis ?

En Suisse, après le débat et la saine confrontation électorale vient le moment du compromis. Ce compromis  est une clef de voute de la démocratie en Suisse.

Face au MCG, les autres partis devront apprendre à contrer ce qu’ils décrivent être le redoutable trio constitué du boute-feu,  de sa bande et de ses notables.
Les autres partis ne semblent pas encore outillés pour équilibrer cette confrontation.

Quand ce sera le cas, se posera la question de la volonté du MCG à participer à la recherche de  compromis.

Dans l’affirmative, le frontalier étranger et le pendulaire suisse installé à l’étranger auront indirectement contribué à une réponse cohérente du Souverain Suisse sur ces questions.

Dans la négative, le frontalier étranger et le pendulaire suisse installé à l’étranger continueront à être des épouvantails brandis à chaque échéance électorale.