Système de retraite : un problème de calendrier politique

Système de retraite : un problème de calendrier politique

- dans Retraite
0
retraites-suisses

La tendance de ces dernières années est claire : la part des retraités augmente, et le pourcentage d’actifs diminue. En d’autres termes, les rentiers sont de plus en plus nombreux et vivent plus longtemps, et le nombre de cotisants diminue.

Face à ce constat quelles solutions choisir ? Augmenter l’âge de la retraite ? Augmenter le nombre d’actifs ? Augmenter les cotisations ? Diminuer les rentes ? Cet article développe les différentes options, fait un constat sur l’état du système de retraites suisse et aborde son avenir.

La situation en Suisse

Actuellement en Suisse, l’âge de la retraite est fixé à 65 ans pour les hommes et à 64 ans pour les femmes.

Selon l’OFS (Office Fédéral de la Statistique) la part des personnes âgées de 64 ans et plus dans la population totale a progressé de 10% à 17% entre 1960 et 2012.
Durant cette période, la part d’actifs de moins de 25 ans est passée de 39% à 27%. Enfin, en 1960, il y avait 5 actifs pour un bénéficiaire de la retraite, alors qu’aujourd’hui le ratio n’est plus que de 3 pour 1 et les prévisions pour 2040 sont de moins de 2 actifs pour un retraité.

 

Pyramide des âges en Suisse
Pyramide des âges en Suisse

 

Les calculs sont rapides et le constat est simple : la situation n’est pas tenable, mais alors quelles sont les solutions ?

Quelles solutions pour les futurs rentiers ?

Tout d’abord, la question d’augmenter l’âge de la retraite a déjà été abordée en Suisse (et ailleurs !).
En effet, au sein de la réforme Prévoyance 2020, le Conseil Fédéral voudrait élever l’âge de la retraite aux alentours de 67 ans.

Mais pour les politiciens, parler d’augmenter l’âge de la retraite à un coût politique certain.
En Suisse, la part des 40-65 ans représente 35% de la population résidente totale, ou 45% de la population résidente totale en âge de voter.

Cette tranche d’âge est décisive pour les politiciens de par son nombre et de par son affluence aux urnes. A l’image de Berlusconi en Italie, qui, au début des années 2000, avait renvoyé la question d’augmenter l’âge de la retraite à l’horizon 2030, nos politiciens chérissent cette classe d’âge.

Pourtant, cela semble être une solution raisonnable lorsque l’on tient compte, d’une part, de l’augmentation de l’espérance de vie à la naissance – plus de 80 ans pour les hommes et presque 85 pour les femmes, en Suisse- qui ne cesse d’augmenter.

En 1980, l’espérance de vie à 65 ans, à l’âge de la retraite, était de respectivement de 14.3 années pour les hommes et de 18.2 pour les femmes, alors qu’aujourd’hui ces chiffres ont tous deux augmenté de 5 ans.

 

 

Concernant la part de la population active, il y a deux outils principaux que l’Etat peut utiliser afin d’avoir un impact sur sa structure. Premièrement, grâce à différentes politiques natalistes, qui fonctionnent plutôt bien en France, la Confédération pourrait inciter les couples à avoir plus d’enfants.

En effet, avec un taux de natalité de 1.5 par femme en âge de procréer, la Suisse est un des pays les plus touchés par les conséquences d’un régime démographique dit “moderne” : mortalité et natalité faibles.

Deuxièmement, contrairement au premier outil, dont les effets prennent du temps à se manifester, l’immigration a des effets plus instantanés. Cette dernière permet, non seulement d’augmenter directement la part d’actifs (les étrangers représentent 40% de la tranche d’âge 19-65 ans), mais aussi, de compenser la très faible natalité helvétique.

En effet, avec un taux de fécondité d’environ 1.8 par femme, les étrangers compensent quelque peu le très faible taux suisse.
Cependant, avec les dernières votations concernant la limitation de l’immigration, il semble que cette possibilité soit dorénavant limitée.

 

taux de fécondité
Evolution du taux de fécondité

 

D’aucuns soutiennent une baisse des rentes de la retraite. Cependant, ce ne semble qu’être un déplacement temporel du problème.

Effectivement, il est important de changer la structure de la pyramide des âges et surtout de lutter contre le rétrécissement continu de la part d’actifs, car si l’on se fie aux prévisions pour 2040, il paraît difficile que deux actifs puissent subvenir aux besoins d’un retraité, au-delà de ceux de leurs propres familles.

 Le système de retraite Suisse

 

Système des trois piliers en Suisse. Tiré de www.ptv.ch
Système des trois piliers en Suisse. Tiré de www.ptv.ch

 

Le système de retraite en Suisse est basé sur 3 piliers.

Le premier pilier ou AVS, qui est obligatoire et régi par l’Etat est basé sur un système de répartition, c’est-à-dire, les cotisants payent pour les rentiers.
Il faut savoir que les réserves de la Confédération pour l’AVS ne s’élèvent qu’à 40 milliards CHF.

Le second pilier est obligatoire pour les salariés et facultatif pour les indépendants. Il est basé sur un système de capitalisation.

Finalement, le troisième pilier est un plan de prévoyance libre ou lié qui permet de profiter de différentes déductions fiscales.
C’est l’assuré qui s’engage et qui abonde pour sa retraite.

Les interrogations sur la baisse des prestations des deux premiers piliers contribuent à ce que des jeunes salariés s’intéressent au 3ème pilier.

D’autant plus que le conseiller fédéral Alain Berset indique que “l’on ne peut réformer l’AVS séparément du 2ème pilier”.
Avec une approche regroupée des  deux premiers piliers et la proposition d’une baisse du taux de conversion du capital en rente du 2ème pilier à 6%, le 3ème pilier peut apparaître comme l’outil impératif pour maintenir son niveau de vie à la retraite.

Des choix difficiles restent à faire

En conclusion, baisser la rente de l’AVS qui se situe (pour 44 / 43 années de cotisation) entre 1’175CHF pour une personne seule et 3’525CHF pour un couple, semble difficile.

La mission de l’AVS c’est de couvrir les besoins vitaux. Au vu du coût de la vie en Suisse, ce n’est pas facile avec ces montants.

Le Conseil Fédéral doit trouver une solution afin d’augmenter les produits provenant des cotisants, ou diminuer les coûts des rentiers, car sans cela, ce système ne pourra pas se maintenir.
A moins de décider d’un impôt spécifique dont les revenus seraient attribués directement à l’AVS…

Ceci apparaît être une piste des 7 sages avec en particulier une augmentation probable de la TVA de 1% puis de 0,5%.
Calendrier politique oblige, les perdants seront  définitivement ceux dont le poids aux urnes est le plus faible.

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *