Le tourisme d’achat… parlons en !

Le tourisme d’achat… parlons en !

- dans Economie
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Franc fort : beaucoup font leurs courses en France voisine

Depuis un an que la BNS a bloqué le taux de change à 1,20 faire ses courses en Euro reste intéressant.

Mais le résident Suisse qui fait ses courses en France voisine pour baisser ses dépenses est montré du doigt.

Maintenant, au lieu de tourisme d’ achat, on parle même d’évasion commerciale … Imaginez vous avec votre chariot chez Carrefour en habit d’évadé d’Alcatraz.

Pourtant, le tourisme d’achat a contribué à la baisse des prix en 2011, à l’amélioration des canaux de distribution et pourrait même pousser l’agriculture Suisse à se différencier encore plus par la qualité. Autant d’éléments qui contribuent à la compétitivité Suisse.

Les volumes

Pour 2012, Le tourisme d’achat frontalier en Suisse est estimé à plus de 4 milliards de francs par le Crédit Suisse. Selon l’institut BAK Basel, les dépenses des suisses dans les régions frontalières augmenteront de 310 millions de francs cette année.

Le nombre de cas de contrebande relevé par l’Administration fédérale des douanes (AFD) est passé de 12’385 en 2009 à 19’758 en 2011 (sans compter les aéroports de Zurich, Genève et Berne).

Les droits

En avril 2012, le Conseil Fédéral précise les droits d’importation des particuliers: “Chaque personne peut importer en franchise des marchandises (y compris des denrées alimentaires) destinées à la consommation privée pour un montant qui n’excède pas la franchise-valeur de 300 francs.
 
Diverses marchandises peuvent être regroupées pour le calcul des redevances et elles peuvent aussi être réparties entre plusieurs membres d’une famille. Ainsi, une famille de cinq personnes pourra se répartir des denrées alimentaires pour un montant maximal de 300 francs par personne. Au titre de la franchise-valeur, cette famille pourra donc importer en franchise diverses denrées alimentaires pour 1500 francs au total. Cependant, pour l’importation de certains produits agricoles (par ex. 500 grammes de viande de boeuf fraîche ou 2,5 kilogrammes de pommes chips), des quantités maximales sont applicables, sans égard à la valeur des produits.
 
Toutefois, la même famille n’aura pas le droit d’importer en franchise un téléviseur d’une valeur de 1500 francs, car le montant maximal accordé à une personne serait dépassé et le cumul des franchises-valeurs de plusieurs personnes n’est pas autorisé pour un seul bien”.

Le constat

Régulièrement interpellé sur la question du tourisme d’achat, le Conseil Fédéral favorise l’adaptation et la compétitivité de l’économie nationale (y compris de l’agriculture) en terme de prix et de qualité. Le Conseil tient aussi à ce que les biens étrangers rendus plus avantageux par la force du franc arrivent au client final par les canaux de distribution suisses pour que la valeur ajoutée reste en Suisse.

Le constat c’est qu’il n’y a pas que du négatif dans la baisse de l’Euro et le tourisme d’achat. Ensemble, ils auraient contribué à une baisse en Suisse des prix de l’alimentaire à près de 4% pour 2011. Le Conseil Fédéral ne montre pas le consommateur Suisse du doigt, c’est toute la filière du producteur au détaillant qui est appelée à se mobiliser.

Les fabriquants

Les fabriquants ont été les premiers sommés à changer leurs pratiques.

La Commission de la concurrence (Comco) a sanctionné le constructeur BMW de 156 millions de francs pour entrave aux importations. En interdisant ses concessionnaires européens de vendre des véhicules neufs à des clients établis en Suisse, BMW empêchait les consommateurs helvétiques à profiter des gains de change. Et comme le marché suisse est cloisonné, il n’y a pas eu de concurrence sur les prix de vente des gammes de véhicules concernés.

Les fournisseurs internationaux

La Coop a largement communiqué sur sa difficulté à négocier avec les fournisseurs internationaux de produits jugés indispensables par les consommateurs (les must-in-stock). Sur ces produits, les fournisseurs ont bloqué la répercussion de la baisse de l’Euro.

De plus, les contrats de fourniture sont négociés sur périodes longues. Cela décale les effets d’une baisse de l’Euro. Mais bien négocier avec ses fournisseurs et optimiser ses contrats …. n’est ce pas ce que l’on attend d’un distributeur performant ?

Les distributeurs

La Coop communique aussi les désavantages comparatifs de la distribution suisse par rapport aux autres pays (salaires, loyers, des transports de nuit, étiquetage). Pour ce qui est de la réglementation des heures d’ouverture, Il faut avouer qu’à Genève, si on rate les courses du samedi, le dimanche matin c’est destination marché de plaine de Plainpalais, Gare Cornavin ou … France voisine.

Plus grave, le symbole de la qualité a souffert. Le scandale de la viande reconditionnée chez les deux plus gros distributeurs Suisses lui a porté un rude coup. Si, dans tous les pays la viande de supermarché n’est pas réputée pour être de la meilleure qualité, on ne peut comprendre de payer le double du prix en Suisse pour de la mauvaise qualité.

Ce n’est pas un temps de transport réduit vers le lieu d’abattage qui peut justifier cette différence. S’il est difficile de réduire le prix, c’est la qualité perçue par le client qui doit être améliorée.

La compétitivité Suisse

Le choc du franc fort a poussé chacun des acteurs de la chaîne de distribution à renégocier ses marges avec son fournisseur.

En bout de chaîne, le levier du tourisme d’achat semble avoir permis aux particuliers de ne pas être oubliés et d’obtenir une réduction des prix de détail. La commission de la concurrence (Comco) a bien été utile pour appuyer les négociations de marge et pour limiter les ententes de cartels.

C’est la réactivité, le pragmatisme, la flexibilité qui expliquent le maintien de la Suisse en première place de la compétitivité modiale pour 2010-2011.
Pour être compétitif, il faut être ambitieux. Dans un prochain billet nous verrons donc que l’agriculture Bio extensive peut présenter de belles perspectives de compétitivité agricole et contenir l’évasion commerciale.

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