Marché du travail en Suisse en 2012, d’où viendra le rebond ?

Marché du travail en Suisse en 2012, d’où viendra le rebond ?

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Une analyse poussée du marché du travail suisse en 2012 et des différents secteurs qui "bougent"

Sur la fin de 2011 et le début de 2012 les medias suisses ont beaucoup parlé de licenciements dans la chimie, dans la pharmacie et bientôt dans la banque.

Quel va être le secteur qui va assurer le rebond ?

Quelles pistes suivre pour traverser au mieux cette période de turbulences ?

Nous allons observer les activités qui se développent à contre courant pour y rechercher des pistes de rebond.

Nous notons aussi que fin janvier 2012, le KOF (Centre de recherches conjoncturelles de l’EPF Zurich) vient d’identifier un léger mieux dans le moral des patrons suisses ainsi qu’un certain attentisme en matière d’emploi.

Qui licencie et qui embauche ?

En 2011, il y avait en Suisse 122 892 personnes au chômage soit 3,1 % de la population.
Cette moyenne nationale est plutôt basse mais dans certains cantons le niveau de chômage dépasse les 5%.

Des secteurs annoncent des réductions d’emploi :

  • Dans la pharmacie, (2,9% du PIB), chez Novartis 760 emplois quittent Bâle, chez Roche 770 postes sont supprimés
  • Dans le secteur financier, (11% PIB), sur les 240 000 emplois du secteur, l’institut BAK prévoit 5 000 places de moins pour la banque en 2012, et 5 000 de moins en 2013. Les cantons les plus touchés seront Zurich et Genève

Dans le même temps, on embauche dans l’horlogerie, dans les biotechnologies (Biotech), dans les techniques médicales (Medtech) , dans le financement des matières premières …

 

Quelles pistes suivre ?

Identifiez les activités qui restent porteuses.

Trouvez dans votre expérience, dans votre formation des points d’accroche qui pourraient intéresser ces activités.

Ciblez votre entrée ou votre rebond professionnel vers ces secteurs et rappelez-vous qu’il n’est pas efficace de prospecter un secteur qui débauche.
C’est d’autant plus vrai si vous provenez de ce secteur.

 

Industrie : des coûts élevés et des délocalisations

On comprend que les coûts élevés et la cherté du franc Suisse ont un effet mécanique sur l’emploi dans le secteur industriel.
On comprend aussi que les groupes internationaux rééquilibrent leurs coûts et leurs revenus par pays.

A titre d’exemple, comme Novartis fait en Suisse 1 à 2% de ses revenus et 13% de ses coûts, il y a de la marge pour un rééquilibrage.

On peut d’interroger sur le déplacement de 700 postes vers la Chine et l’Inde sur les 3 000 du centre de recherche Novartis de Bâle.
Le modèle centralisé de la recherche, localisé en Suisse, pays champion de l’innovation, aurait il trouvé ses limites ?

En fait, la recherche et l’innovation changent. Une partie de l’innovation doit aussi se rapprocher des centres de production.

 

Quelles pistes suivre ?

Apprendre à travailler en réseau.
Développer une expérience dans la gouvernance de projets avec des contributeurs distants.
Souligner dans votre parcours professionnel les opportunités qui vous ont amené à travailler efficacement dans un environnement international.

Si vous travaillez dans un centre de recherche, analysez son fonctionnement, identifiez la composante qui risque d’être délocalisée.
Sortez de cette activité ou placez-vous en interface pour contribuer à son pilotage depuis l’entité centrale.

 

Le secteur de l’horlogerie, créateur de valeur

Dans l’industrie horlogère, entre 2009 et 2010, la croissance des exportations de plus de 20% n’a pas amené d’augmentation du nombre de postes de travail. Il avait même eu diminution.

Aujourd’hui, il y a augmentation d’effectifs en particulier sur le canton de Neuchatel :

  • Dans le groupe Richemont, Panerai prévoit d’étoffer ses effectifs de 120 personnes dans sa nouvelle manufacture à Puits-Godet (NE).
  • Cartier a pour projet de recruter 300 personnes à Couvet (NE).
  • Richemont pourrait ouvrir 600 postes à La Chaux-de-Fonds (NE), Buttes (NE), Glovelier (JU) ou encore Villars-sur-Glâne (FR).
  • Idem pour Valfleurier, qui annonce l’engagement de 500 personnes à Buttes (NE)
  • LVMH recrute également. TAG Heuer, recherche 150 personnes pour sa nouvelle usine de Chevenez (JU)
  • Enfin Zenith prévoit 170 nouveaux employés

Depuis Bienne, le groupe Swatch prévoit entre 1 000 et 1 500 embauches en Suisse :

  • Villeret (BE) 200 places pour son fabriquant de mouvements ETA.
  • Pour la nouvelle fabrique de Boncourt (JU), c’est 500 et 700 places de travail prévus.
  • L’extension du site d’assemblage à Genestrerio (TI) confirme 360 nouveaux postes.

Outre l’excellente performance à l’export, une partie de ces embauches vient de la décision de Swatch group de limiter les livraisons de ETA (mécanismes et ébauches) à ses concurrents. Cela oblige ses concurrents à prendre en charge l’ensemble de la fabrication de bout en bout.

Les concurrents ont aussi intérêt à le faire car les clients sont de plus en plus connaisseurs. Ils valorisent davantage les montres qui sont fabriquées dans une même manufacture.

Des composants moins partagés, cela veut dire des coûts qui augmentent. Mais dans le luxe, des surcoûts peuvent apporter davantage de valeur.

 

Quelles pistes suivre ?

Si vous êtes dans le secteur horloger, vous pouvez bénéficier de l’effet d’aubaine. Ces nouvelles unités de production vont devoir être reliées, articulées les unes les autres.

Si vous n’êtes pas actuellement dans le secteur, identifiez les fonctions de support qui pourraient avoir besoin de votre compétence.
Retenez que les entreprises obligées à augmenter leurs coûts de production vont se mobiliser pour les contenir dans les activités de support.

Si vous avez une expérience sur ces démarches d’optimisation logistique, préparez vous et présentez vous.

 

Décrypter la communication des entreprises

Bien qu’en Suisse, les entreprises communiquent plutôt peu et bien, sur fond de crise il y a quelques couacs.

C’est le cas pour BASF qui indique fin janvier 2012 que les 1 400 employés des anciens sites de Ciba Bâle, Schweizerhalle (BL), Monthey (VS) et Kaisten (AG) verront leurs salaires augmenter de 1%.

On pourrait croire que c’est un non évènement puisqu’en Suisse en 2012, les salaires nominaux devraient augmenter en moyenne de 1,1% par rapport à l’année précédente.

En fait, il semble que l’objectif de BASF soit de communiquer sur l’alignement des employés de l’ex CIBA à son système de bonus. Ce serait un indicateur d’une fusion réussie. Au final, on retient que la communication de BASF est brouillée.

La communication de Coop (54 000 employés) et de Migros (83 000 employés) est plus lisible : en 2012, Coop limite les augmentations individuelles à 0,3% de la somme salariale.
Migros prévoie une augmentation entre 0,3 et 0,8% selon la performance de chaque employé.

 

Quelles pistes suivre ?

Si vous faites partie d’un groupe avec une communication brouillée ou qui vous semble contradictoire avec ce que vous vivez en interne, soyez attentif.
Une erreur, un raté, peut être un premier signe avant des mauvaises nouvelles.

Avant de postuler dans une entreprise, évaluez la cohérence de sa communication.

N’oubliez pas que les premiers mois dans une nouvelle place sont des mois critiques.
Vous n’avez pas eu le temps de vous construire votre réseau. En cas de retournement d’activité votre position est fragile.

 

Du « private banking off shore» à « l’on shore » …

Les observateurs prédisent la recomposition de l’industrie financière.
Si l’activité de l’assurance va tenir, c’est qu’elle s’est déjà reconfigurée par le passé.

Selon l’institut BAK, la gestion de fortune trans-frontalière de Genève va baisser pour l’activité en provenance de l’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord.
Les prévisions sont bonnes pour l’Amérique du Sud, l’Europe de l’Est et l’Asie.
Néanmoins pour l’Asie, les projets de Banques Genevoises de se développer sur place vont en limiter l’impact pour le personnel localisé à Genève.

Des fusions de « boutiques » sont prévues. Habituellement, ces fusions préservent les chargés de clientèle du front office mais allègent les back-offices.

L’activité domestique « on-shore » va se développer.
L’enjeu c’est d’appliquer l’expertise du Private Banking sur les besoins on-shore d’un segment de clientèle redéfini. Il s’agit d’adresser une nouvelle clientèle composite qui regroupe des clients aisés (Mass Affluent) et riches (HNWI – High Net Worth Individual).

L’activité de financement des échanges de matières premières (Commodity) va maintenir son attrait en bénéficiant de la bonne tenue des prix de l’énergie.

L’arrivée des Hedge funds de Londres vers Genève était attendue. Elle a été limitée et ce n’est pas la morosité actuelle des marchés qui va la dynamiser.
Elle contribue néanmoins, à la technicité financière de la place de Genève.

La Banque Privée Suisse renforce aujourd’hui d’autres avantages compétitifs que le secret bancaire.
Outre la technicité financière, les avantages concurrentiels vont être la sécurité de la place, la priorité donnée aux besoins du client plutôt qu’aux produits et une approche globale de la gestion patrimoniale avec une planification financière aux rendements raisonnables.

 

Quelles pistes suivre ?

Lors d’une recomposition de chaine de valeur il y a des opportunités qui se présentent.

Elles se situent naturellement dans les activités qui sont appelées à se développer comme le financement de commerce de matières premières (Commodity).
Elles se situent aussi dans les échanges de savoir faire entre des activités qui étaient précédemment plutôt « étanches » comme l’étaient le métier de la Banque Privée off shore et le métier de la Banque Privée on-shore.

Des opportunités sont donc à saisir pour des techniciens de haut niveau.

D’autres opportunités sont à saisir pour des généralistes avec un parcours dans des métiers bancaires différents.

Ils vont amener de nouvelles approches de collecte de la clientèle, de prise en compte de ses besoins et de l’organisation des fonctions de support.
Ils vont contribuer à la recomposition par l’innovation.

Cette innovation va peut être davantage s’appliquer à la relation clientèle qu’à la technicité des produits proposés.
C’est ce croisement de différents métiers par l’innovation qui a été réussi dans d’autres industries.

 

De l’innovation au croisement des compétences

La « Health valley » située entre Genève,Viège, Lausanne et Berne est un pôle majeur d’innovation des biothechnologies (biotech) et des technologies médicales (medtech).

Elles ont transformé des apports de la chimie, de la pharmacie, de la mécanique de précision pour créer de la valeur dans la fabrication de substances thérapeutique comme le génie génétique ou la production de prothèses, d’implants et d’équipements de laboratoire.

Regroupant plus de 450 entreprises biothech et 300 medtech en suisse occidentale et 20 000 postes de travail, ce secteur est lié aux hôpitaux, aux hautes écoles comme l’EPFL et à 500 laboratoires qui regroupent 5 000 chercheurs.

Cela fait autant de points d’entrée possibles pour le candidat.

 

Quelles pistes suivre ?

Si vous êtes déjà positionné dans ces secteurs, suivez la vague, elle devrait vous porter loin.

Si vous êtes candidat, vous devez être en mesure de valoriser vos publications et vos réalisations passées.
Comme ce domaine n’est pas vierge et qu’il est organisé dans un dense réseau régional à financement privé votre intelligence sociale est un facteur clef de réussite.

Dans ce secteur fortement imbriqué, le développement personnel se doit de préserver la rentabilité économique de l’entreprise qui va vous accueillir et l’équilibre global du réseau.

 

Du service pour les entreprises

Dans la région du Léman et à Zoug, les incitations à l’installation de holdings de grands groupes étrangers continue de créer une activité soutenue dans les fonctions de support et de service aux entreprises (conseil, services immobiliers, informatique, immeubles …).

Ce secteur devient le plus important pour la région de Zurich alors que la finance ne pointe qu’à la quatrième position.

Les postes de responsabilité de ces holdings sont souvent réservés à des expatriés, des postes opérationnels sont néanmoins créés localement. C’est le cas lorsque ces groupes internationaux renforcent leur présence et installent une filiale de vente et de distribution.

Toutes ces entreprises ont besoin de service juridique et fiduciaire. Cela peut amener les cabinets d’avocats à réorienter une partie du support à la clientèle offshore vers le service aux entreprises.

 

Quelles pistes suivre ?

On remarque que ces opportunités s’ouvrent pour toutes les fonctions de support (conseil, services immobiliers, informatique, comptabilité, immeubles …). Ceci peut d’ailleurs avoir contribué à la pénurie de comptables qualifiés identifiée fin 2011.

C’est encourageant pour les employés des back-office en cours de restructuration. Si ces employés acceptent de changer de secteur, leur expérience administrative peut être valorisée par les holdings étrangères.

Des Atouts pour la Suisse

La Suisse apparait comme l’économie la plus innovante en Europe dans les secteurs de l’industrie et des services.
Cet atout se base sur du pragmatisme, de l’efficacité et une capacité d’attirer les meilleurs.

Le virage entrepris par l’EPFL est un exemple de pragmatisme.
L’EPFL était initialement spécialisée dans l’ingénierie. Elle a créé en 2002 une faculté des sciences de la vie qui compte aujourd’hui plus de 800 collaborateurs. C’est un point d’ancrage du développement régional des biotechnologies.

En matière d’efficacité administrative, la simplicité des démarches, la proximité des administrations cantonales et la disponibilité des agents administratifs contribue à bâtir un environnement favorable aux affaires.

Enfin, la capacité à attirer le personnel hautement qualifié élève le niveau d’ensemble.

Dans ce contexte, ce qui est attendu des employés c’est de l’expertise, de la flexibilité (pour par exemple passer de la Pharmacie vers le biotech, de la Banque offshore vers la Banque onshore, du support interne vers le support externe) et une capacité à contribuer efficacement à des stratégies à long terme.

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