2ème pilier : comprendre, anticiper, gérer, arbitrer… Ne soyez pas passifs !

L’année 2011 a été une mauvaise année pour les fonds des caisses de prévoyance du 2ème pilier

La mécanique du 2ème pilier est complexe. Etant donné qu’il s’agit d’un système obligatoire, une prévoyance « forcée », est-il utile d’essayer de la comprendre ?

En fait, pour votre 2ème pilier, vous êtes le décideur. Vous pouvez décider de racheter des cotisations, de l’utiliser pour un achat immobilier, de rembourser votre retrait, de choisir rente ou capital à l’âge de la retraite, de déporter votre prévoyance sur d’autres produits financiers …

Pour bien décider il faut se familiariser avec les objectifs, les limites et les paradoxes du 2ème pilier.

Les objectif et limites du dispositif 2ème Pilier

En 1985, l’objectif d’origine du 2ème pilier (LPP) est que le dispositif AVS+LPP couvre 60% du salaire moyen AVS (calculé sur les 44 années de cotisations légales).

L’AVS est une retraite par répartition (les actifs payent pour les retraités) et le 2ème pilier est une retraite par capitalisation (chacun se construit sa retraite).

La rente annuelle AVS standard maximum est de 27’840.- et celle de la LPP de 19’884.-.
La rente standard cumulée maximale mensuelle est donc de 3’977 francs.

Cet objectif sera difficile à tenir car de nombreuses caisses de prévoyance sont actuellement techniquement en sous couverture (leur fortune ne couvre pas leurs engagements présents et futurs).

On imagine alors qu’elles devront soit collecter davantage soit verser moins.

Ceci explique les différentes informations reçues actuellement par vos employeurs et relatives aux baisses de taux rémunérateur.

Comme une rente de 3’977.- par mois ce n’est pas beaucoup, des caisses proposent un régime sur-obligatoire avec un objectif de rentes plus élevées.

En contrepartie, l’employeur et l’employé sont mis à contribution, vous pouvez en faire la demande à votre employeur pour améliorer vos prestations futures.

En première conclusion, il y a là rien de bien critique, le 2ème pilier a besoin d’ajustements réguliers pour tenir son objectif initial alors que l’environnement économique, politique et démographique change.

De nouvelles contraintes ?

La chute des marchés financiers et la force du franc Suisse contraignent encore davantage les caisses de prévoyance.

L’économie Suisse dégage plus d’épargne qu’elle ne peut investir sur le territoire. La Suisse investit donc à l’étranger partie de son épargne et des fonds du 2ème pilier.

Une hausse du franc Suisse fait mécaniquement baisser la contrevaleur en franc de ces investissements en devise étrangère. Cette hausse du franc réduit donc le taux de couverture des caisses de prévoyance.
Heureusement que la BNS a bloqué le cours franc / euro, cela a limité en partie le dérapage du taux de couverture des caisses de prévoyance.

La performance des caisses sur les marchés financiers est maintenant inférieure à la rémunération du capital de 2% fixée par la loi LPP.
Comme les caisses n’arrivent pas à produire suffisamment de performance sur les fonds collectés, la rémunération du capital obligatoire pourra être réduite par la loi LPP.

Déjà, de nombreuses caisses limitent la rémunération du capital sur-obligataire. Le jour de la retraite, le « capital vieillesse accumulé » du nouveau retraité pourrait être réduit par rapport à ce qu’il peut attendre aujourd’hui.

La conversion du « capital accumulé » en rente prend en compte le rendement espéré du « capital vieillesse accumulé » pendant la durée de vie restante après 65 ans.
Sans ce rendement espéré, la rente serait réduite de près d’un tiers. Or, un taux de conversion de 6,8% en 2015 table sur une performance de 4,9%. On en est loin.

Si les marchés financiers confirment une faible performance sur le long terme, cela aura un effet sur le taux de conversion (le taux de conversion est le taux qui définit la conversion entre l’avoir épargné durant sa vie professionnelle et votre rente à la retraite).

Les paradoxes

Quand la capitalisation a besoin de la répartition …

On a vu que la baisse des rendements sur le « capital vieillesse accumulé » entre 65 ans et la fin de vie pourrait entrainer la baisse des rentes.

Comme le législateur n’a pas encore donné son accord pour baisser les rentes des nouveaux rentiers, le seul moyen de financer le statut quo c’est que les salariés actifs financent partie de la rente des retraités au lieu de rémunérer leur propre capital.

Quand les marchés vont mal, le modèle individualiste de la capitalisation ne suffit plus, alors les caisses de prévoyance bouchent le manque à gagner avec un peu du modèle solidaire de la répartition.

Un manque de performance plutôt cher …

L’utilisation de produits financiers complexes par les caisses de prévoyance (produits structurés, fonds …) a couté 3,9 Milliards de frais de gestion de fortune en 2010 (c-alm AG en complément de l’analyse de l’OFAS dans la revue Prévoyance de mai 2011).

En particulier, les placements alternatifs qui sont chers, mais n’apportent pas de rentabilité.

Une gestion du risque qui n’est pas à la portée de tous …

Plutôt qu’un partage des risques, le 2ème pilier c’est un passage du risque entre l’assuré et la caisse …

Pendant toute sa vie active c’est l’assuré qui porte le risque de sa retraite LPP, il paye des frais pour avoir droit, plus tard, à un service (la rente).
Il perd une partie de la rentabilité de son capital au profit des rentiers et, de plus, sa future retraite dépend de décisions du législateur.

Pendant cette période, la caisse, elle, n’a porté qu’un risque sur la performance du capital du régime ordinaire.

Arrivé à l’âge de la retraite, si le nouveau retraité choisit de toucher une rente pendant le reste de sa vie, il transmet le risque à la caisse de prévoyance. C’est alors à elle de lui assurer une rente basée sur un taux de performance qu’elle n’est pas sûre d’atteindre.

La caisse a donc aujourd’hui intérêt à ce que le nouveau retraité choisisse de récupérer le capital plutôt que de se faire verser une rente.

Par rapport à l’AVS, la LPP responsabilise davantage le salarié. Est-il préparé à prendre des décisions aussi importantes ?

Une évaporation de la prévoyance lors de l’accession à la propriété…

Annuellement, seulement 10% des retraits du 2ème pilier pour accession à la propriété sont remboursés.
Tous les ans, 2,5 Milliards sont retirés et seuls 250 millions sont remboursés, plusieurs raisons à cela :

  • L’immobilier est privilégié par rapport à la prévoyance.
  • L’achat immobilier ponctionne tellement la prévoyance que le salarié ne peut reconstruire son 2ème pilier.
  • L’achat immobilier est un point de basculement sur le 3ème pilier A.

Deux remarques s’imposent :

  • L’immobilier est une valeur « refuge », mais pas à n’importe quel prix. Les prix de l’immobilier ont tellement augmenté en Suisse que la question se pose.
  • Il faut veiller à ce que le prix élevé de l’immobilier ne déséquilibre pas notre patrimoine et ne fasse de nous des retraités propriétaires avec une rente insuffisante.

Au cours de son projet immobilier, l’acheteur apparait dans le radar des vendeurs de 3ème pilier (assureurs, banquiers, courtiers …).

L’acheteur entend alors un discours rempli de mots magiques comme « défiscalisation », « financement immobilier » et « prévoyance ». Des affirmations qui restent vagues (« on paye trop d’impôt », « on n’aura pas de retraite ») vont l’amener à étudier des produits de 3ème pilier.

A ce stade, il convient d’être prudent. Un produit financier qui fait tout (« défiscalisation », « financement immobilier » et « prévoyance »), ne peut être bon en tout.
De plus, les estimations de performance de ces produits se basent souvent sur des projections encore plus optimistes que celles des caisses de prévoyance de 2ème pilier.

Croire à des performances de 7% sur 10 ans ne peut qu’amener de grandes désillusions…
Quand on voit que le taux d’intérêt technique garanti a encore subi une baisse cette année passant de 1,75% à 1,5% au plus tard le 1er juillet prochain (01/07/2012).

En conclusion

La prévoyance en Suisse n’est pas dans une situation critique

Les politiques et les techniciens étudient des mesures comme l’avancement de l’âge d’entrée dans la prévoyance professionnelle, l’augmentation des bonifications vieillesse, la baisse des déductions de coordination …

Les femmes sont plus actives qu’avant et cotisent donc plus. La perspective qu’elles travaillent un an de plus amènerait le dispositif à bénéficier d’un an de leurs rentes.

Les étrangers en provenance de l’UE auraient contribué à placer les résultats de l’AVS en positif avec aussi un effet positif dans la part de répartition du 2ème pilier.

Il faut préserver un édifice bien bâti

L’épargne, le 1er pilier, le 2ème pilier, les 3ème piliers et l’immobilier font un socle solide sur lequel doit se baser une stratégie patrimoniale.

Pour le 2ème pilier, le 3ème pilier A et l’immobilier ce sont des projections trop optimistes de la performance future qui peuvent fragiliser le patrimoine.

Heureusement que les instances fédérales veillent avec en particulier la démarche de la Finma pour limiter la bulle immobilière et les votations passées et à venir sur le 2ème pilier.

L’avenir de notre prévoyance réside davantage dans ces débats politiques et ces ajustements que dans des contrats « magiques » avec des cadeaux fiscaux qui peuvent cacher une performance très aléatoire.

Pour bien décider, il faut prendre le temps de comprendre. Nos conseillers partenaires peuvent vous aider.

Olivier Hall (53 Posts)

Entrepreneur à Genève, après plus de 20 ans de banque, suit et commente l'actualité frontalière France et Suisse.


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4 Réponses à "2ème pilier : comprendre, anticiper, gérer, arbitrer… Ne soyez pas passifs !"

  • drault says:
    • admin says:
  • Expatchris says:
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